BOIS'TA MUSIQUE!
http://www.youtube.com/watch?v=eKeXkhxiq6I
« If you're goooooing toooo Saaaan Fraaaaancisco...»
- s'égosillait un certain Scott McKenzie dans sa langue natale et véhiculaire. Ces sons agréables et la voix moelleuse sortait de notre « przenośny adapter » - un tourne disques portable, enfermé dans une élégante valisette bien verte.
Le disque, quant à lui, était bleu car au format d'une carte postale, il ne pouvait que représenter le ciel beaucoup plus bleu et heureux que celui de Katowice.
Après « Jambolayah » de papa, ou « Strangers in the night », de maman, c'était mon disque personnel, sans doute parce qu'il était pliable et qu'il se laissait facilement manipuler par mes petites mains peu expérimentées de « dziewczynka » (fi-fille).
La voix agréable du chanteur diffusait « à plein tube », à longueur de journée, s'entremêlant avec d'autres sonorités, et plutôt pénibles celles-là, émanant de nos voisins de gauche, de droite, du dessous et du dessus. Chacun de nous augmentait le son pour imposer aux autres « son morceau préféré ».
Ainsi la cacophonie immobilière perçait les oreilles de l'ensemble du bâtiment y compris les « oreilles cachées » des murs mitoyens (« ściany mają uszy » - les murs ont des oreilles, - disait Tygrys - inquiet d'une investigation probable et peu correcte de la part de l'un ou l'autre « kapuś » ou tout simplement d'un curieux de nature...).
Le bruit intensément cacophonique nous facilitait un libre échange « d'opinions » en ce qui concernait la bonne gestion politico-économique de nos comms nationaux...
Ainsi, le "Jambolayah" se mélangeait harmonieusement avec « Una Paloma Bianca » et « Adieu Pamela », ou Scott McKenzie avec une polka des Sudètes.
Entre temps, un « joyeux quelqu'un » cassait la vaisselle en vue d'un mariage imminent, accéléré par une grossesse prématurée et, hélas, très visible. C'était la coutume des Silésiens.
Et l'un ou l'autre, parmi les très nombreux « piesek - pokurcz » (petit chien tordu portant tout les paternités du monde sur son « paletot »...) se mettait à aboyer car il faut savoir, qu'en Pologne, ils en avait le droit :
« Il y avait trois chiens... Un américain, un français et un russe (forcement !).
Le premier, l'américain (comme d'hab') dit :
- Je n'ai qu'aboyer une fois et mon Maître se précipite pour me donner à manger du filet américain (sans cornichons et sans oignons).
Le deuxième, le français dit :
- Moi, j'aboie deux fois et mon Maître me sert du foie gras (en bloc) et des saucisses de Toulouse.
Le troisième, le russe, dit :
- Allez les gars, c'est quoi aboyer ? »
Quant aux voisins ne disposant pas d'une « boîte à musique », ils réglaient leurs comptes entre eux, ou faisait « la fête » à leur épouse, ou encore « d'autres autres » festoyaient tout simplement en faisant l'inventaire des bouteilles de « wódka żytnia », vodka de blé, entrecoupée de cornichons en saumure ou de « chleb ze smalcem », - du pain avec du saindoux de porc.
Parfois, ayant abusé de ces merveilles naturelles ils s'en débarrassaient discrètement, à l'exception de ceux, qui habitaient au dessus de chez nous.
La grégarité était cependant à son apogée lorsque les joyeux drillons se mettaient, eux, à étouffer les sons poussés par les professionnels du « show bizz », comme notre Scott adoré, en beuglant en chorale des chansons paillardes, toujours en langue russo-polonaise...
„ I job tvouju mac, my kulturnyï narod,
My Giermantza nie boïmsya i vsiegda païdïom v pieriod !..."
- ce que j'ai envie de traduire ainsi (tout en respectant « chaque chacun » ou « chaque chacune »):
« Je baise ta mère,
nous sommes une nation à grandes valeurs
culturelles,
Nous n'avons (même) pas peur des Allemands
et nous marcherons toujours en avant »
(N.d.T. - comme un rouleau compresseur en quelques sortes... ou bien, comme un char...)
(Oufff ! Contente d'une traduction aussi bien rimée. Coool !)
Atteignant quelques 90 à 120 décibels provenant de la « pure souche » et du « pur alcool », à savoir du « spirytus rektyfikowany » (très spirituellement rectifié) de 90° de contenance en alcool, mon Tygrys rajoutait son rugissement mélangé avec des insultes ni politiquement, ni autrement d'ailleurs, corrects, et que je m'abstiendrai de citer...
Stoooooooooooooooooooooooooop !
Notre « boîte à musique » portable me donnait cependant froid dans le dos lorsque j'étais obligée de placer cette aiguille délicate et « précieuse » car en « diamant » (bofff - il ne brillait même pô...) sur ce petit 45 tours de 17 cm. Je transpirais, tirais la langue, me mordais les lèvres - mutilation faciale complète ! Enfin, j'étais parvenue à poser « la chose » - non, stop, je voudrais écouter mon Scott dès le début.
Marche arrière, ma tête se mettait à tourner avec la rondelle cependant accueillante en caoutchouc ; ça y est :
« Ify'regingt'SnFrncsco...»
- criait une petite voix en accéléré de 78 tours, comme s'il s'agissait de notre seul et unique « Kaczor Donald » de Walt Disney, - mon préféré, (canard Donald), à l'époque.
NB. De nos jours la Pologne en connaît encore trois autres « kaczory » (au pluriel et en trinité), mais dans la mesure où ils ne sont absolument ni marrants ni spectaculaires, ils ne font pas partie de mes héros comiques, de mes « komiks » (BD) préférés...

Puis, en vitesse au ralenti.
A 33 tours :
« Ifffffffffffffffff yooooooooooooooouuuuuuuu'reeee goooooiiiiiiiiing toooo Saaaan Fraaaaanciiiiiiiiiscooooooooo...»,
- dégoulinait une espèce de « Miś Yogi » (ours connu) de sa voix de crooner, grave et lente.
Et là, mon propre orso, Tygrys, mettait fin à son mal-être total, en fermant violemment le tourne disque sans se préoccuper de la précieuse aiguille...
...Et les effluves de vodka dans le palier « épousaient » les sons joyeusement poussés par leurs émetteurs.
NB. Entre nous : j'ai toujours été ravie que nous n'eûmes pas un piano à queue !
Et un bon conseil : buvons avec les autres sans partager nécessairement notre musique avec le monde entier !