• Pologne: Yaka napper

    YAKA  NAPPER...

     

     

    Si le monde comm se catalysait sur le « culte de l'unité », en ayant son représentant en la délicieuse personne de Vladimir Ilïtch Lénine (Ilitch - patronyme de Ilya, le père - il y a beaucoup d'Ilya), l'Eglise avait son Saint Nicolas, car « Dziadek Mróz » - Père Noël n'était pas trop connu.

     

    Il y avait, bien sûr, quatre « frères Marx », dont un se prénommait Engels.

    marks_lenin_engels_stalin

    Ou quelque chose comme ça...

     bracia

    C'est ce qui me semblait à l'époque...

    Confusion !

    Dans la mesure où le régime comm n'y était absolument pour rien, en ce qui concernait le développement des liens sociaux et interprofessionnels, les Polonais, avec passion, avaient adopté le « Bridge ».

    Remarque : ni Lénine, ni Staline, ni Saint Nicolas ne jouaient certainement au bridge car il y'avait trop de personnes se tenant debout autour d'eux, et qui pouvaient voir les cartes reçues.

    Cela était sacré : « trzymac karty przy medalach » - « tenir ses cartes près des médailles » à savoir : le plus près de la poitrine ! Ne pas regarder celles des autres joueurs (ou faire semblant, comme si..., dans mon cas).

    Chacun exerçant son pouvoir, les anges pouvaient facilement et divinement contribuer à la victoire de St. Nicolas, et les acolytes de Lénine, exiger celle-ci par une insistance glauque et pressante écrite, « sur papier »...

    Pour jouer, il fallait être quatre. Les mousquetaires célèbres étaient également au nombre de quatre pour en faciliter le jeu ?

    C'est à croire...

    4 mousquetaires

    Sous ce prétexte, les joueurs complices pouvaient aisément échanger leurs opinions sur certains « zélés comms » de notre entourage politisant.

    Nous n'avions pas eu le privilège de posséder de téléphone car, dans le passé, papa avait officiellement refusé ces quelques médailles qui lui avaient été octroyées de la part du bureau local du parti comm.

    Ainsi, les joueurs assoiffés de jeu bougeant souvent en couples, les amis de la famille se présentaient chez nous, sans prévenir, à l'improviste.

    Le travail en Pologne, et pour la plus part des gens, se terminait vers 15 heures et donc, à partir de 17 heures, les visites pouvaient commencer.

    Le club de bridge se situait dans la chambre « à télé » (donc pas de télé pour nous !) et, en général, pour « s'en griller une », ceux qui faisaient  « le mort » (je n'aimais pas cette expression), passaient par notre chambre de gosses afin de déborder sur notre petit balcon, car la cigarette, dans notre espace d'habitat, était absolument proscrite.

    Papa, non fumeur intolérant, était tellement enragé contre la cigarette, qu'il était prêt à céder à tout autre méfait comme ceci :

    « Dans un immeuble du quartier, un beau soir :

    - Maryśka, qu'est-ce que tu fous là, dans les buissons ?! - cria une mère sévère.

    - On se fait de « papouilles » !

    - Avec qui ?!

    - Avec Janusz !

    - Aaaah, ouffff, ça va alors, que Dieu soit loué ! J'avais déjà peur que tu fumes ! - répondait, soulagée, la mère de cette « cuisse légère.»

    Mais que faire d'autre, si un vieux dicton de bridgeurs stipulait que : « karta lubi dym » - la carte aime la fumée...

     NB. Il y en avait un autre, généralement destiné aux buveurs de vodka : « rybka lubi pływać» - le poisson aime nager - car dans tout les locaux gastronomiques, en commandant de l'alcool, il y avait une obligation de prendre un « en cas » - « zakąska » - à mordre - sous forme d'un « hareng à la japonaise » (à la crème surette) ou de sardines à l'huile pour pouvoir mieux supporter l'effet dévastateur de l'alcool... et recommander encore et encore et encore - plus...    

    La vieille tradition hospitalière polonaise dictait que tout le monde, sous le même toit, devait prendre un repas commun.

    Le « miracle » de maman était posé en étroite collaboration, sans doute, avec Jésus, le « Multiplicateur de denrées alimentaires » dans la mise en valeur de résidus-traces-quelconques-de nourriture-quasi-inexistantes-dans-notre-frigo.

    Il fallait faire une « kolacyjka » (de « kolacja », - collation. A chaque fois au diminutif, lorsqu'un Polonais est joyeusement concerné...).

    Et comme il n'y avait rien pour nous quatre,  il n'y avait rien pour eux huit ! Na !

    La maestria gastronomique commençait : moi, à la mise du buffet et au couteau. Mon frère au « herbatka z cytryną » - tournée générale pour accompagner ce repas. Le véritable ballet gastronomique commençait dans notre cuisine.

    Couper des tomates en rondelles, des cornichons en saumure (fabrication « maison »), des vieux saucissons séchés, des œufs durs, sortir les conserves de pilchards et autres « bismarcks » (harengs) préalablement « entaupés », en son temps (ça se gardait longtemps !)...

    Un véritable casse tête « inventairisant »!

    Et puis, je n'avais qu'à napper les tranches de grosse baguette de « bułka wrocławska »...

     07_kanapki_bankietowe_1

    Plus tard, j'ai appris qu'un certain Lord Sandwich, au dix-huitième siècle, avait créé un ravitaillement commode, car rapide, en mettant à la disposition des joueurs de cartes, un morceau de pain fourré de jambon et de fromage.

    Un « kit » de survie, en quelque sorte, pour les obsédés du jeu.

    Et ces « kanapki » étaient toujours d'une beauté suprême !

    Faciles à enfourner tout en gardant les mains propres...

    Mais l'atout incontestablement le plus important, c'est qu'il n'y en avait finalement pas beaucoup, et nos joueurs affamés rentraient chez eux à une heure convenable, car « un pigeon ou un goéland s'attarde (et se multiplie) lorsqu'on le nourrit »...

    Les gosses : au lit !

    L'autre revers de la médaille : je m'endormais en silence (relatif), en percevant les voix me berçant, et de plus en plus endormies :

    Kcht, kcht, kcht - on battait les cartes

    - Tu coupes ?

    Pof, pof, pof, pof, suivis de pof, pof, pof, pof et encore 2 fois  - les cartes étaient données...

    Ha... Tourou, tou, tourou, toutou - légère chansonnette de bien être et d'un calcul mental intense. Rangement correct de 13 cartes ensemble (dur avec des petites mains).

    Collage réglementaire « aux médailles ».

    Puis :

     - Un cœur,

    - Passe

    - Un pique

    -Passe

    - Trois coeurs

    - Passe

    - Quatre sans atout (demande d'As)...

    etc.

     - Montre "c'quet'as" ? Ho, ho ! T'es une « belle morte » ! disait tonton Mieciu (celui de et au Playboy, toujours chifonné...) à sa partenaire, sa legitissima, Zyta (pour une fois...).

    Silence.

    Le monde s'estompe pour moi... J'ai bien chaud...

    Mon premier sujet à thème de rêve arrive...

     - Maaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaais comment !? Ce n'est paaaas poooossssible ! Voyons, il fallait mettre ton Vaaaalet de piiiiique ! - beuglait soudain Tygrys (j'étais certaine que c'était adressé à maman) plutôt mécontent du déroulement du jeu.

    Et rebelote (si on peut dire...), de nouveau 20 minutes à investir pour trouver mon sommeil.

    Et demain, je pourrai, peut-être... 

    Non, quelqu'un d'autre viendra pour s'affronter au bridge avec mes parents.

    Pffft! - Encore me plier en quatre à leurs quatre volontés ?

     

     


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