• Pologne: Un fort tuné

    UN FORT TUNÉ...


     Certes, les poches de mon jeans américain, serrant étroitement mes fesses, de plus en plus délavé et coûtant « la peau de ce derrière », étaient vides, mais la « caisse » de notre famille, cependant régulièrement renflouée, connaissait également des restrictions budgétaires draconiennes.

    « Tygrys », après des années de « matage sans quartier » de sa Trabant 600, « cartonnée plastifiée », s'était mis en tête l'acquisition imminente d'une nouvelle voiture, fraîchement apparue sur le marché automobile polonais, la Fiat 126P  (« polski »).

    fiat2

    Une vraie voiture en vraie tôle !

     « Une famille unie prend son repas, confortablement installée à la petite table de la cuisine...

    - Oh, ce serait merveilleux d'avoir une voiture... - dit le père.

    - Oh oui, oh oui ! - s'exclament les enfants subitement enthousiasmés.

    - Mais comment faire ? Nous n'avons même pas assez d'argent pour nous acheter une roue d'une Fiat 126... « P » - dit amèrement maman.

    - Eh, oui... Mais, est-ce que tu imagines - nous quatre dans une nouvelle bagnole ! Génial ! Un moteur puissant et un petit coffre... Cela nous suffirait amplement - continue le père d'une voix rêveuse...

    - Avec une attache remorque et une galerie sur le toit, ce sera parfait... - dit maman

    - Non ! Pas de galerie ! Pourquoi faire ? Que le strict nécessaire !

    Maman boude...

    - Oh oui, pa' ! Et moi, je prendrais la place à côté de toi ! - s'exclame un gosse.

    - Non, c'est moi qui m'installerais à cette place ! - vocifère le deuxième.

    - Allez, mes enfants, - cette place serait destinée à maman ! Et vous, vous irez sur les confortables banquettes arrière - conclut le père, irrité.

    - Oui, mais alors tu arrêteras de toujours me pousser et de me jeter des coups de pieds ! - tonitrue le cadet.

    - Oh, fous la paix ! Je prendrai toute la place que je voudrai ! - hurle l'aîné.

    (Suivi de : Non ! A que si ! Mais non ! Je te dis que si ! Non ! Non !...)

    - Allez les enfants, c'est tout maintenant ! Arrêtez enfin de vous chamailler ! - intervient maman criant sévèrement.

    - Cholera jasna ! Saperlipopette ! Un peu du calme ! Et puis zut ! Puisque c'est comme ça, TOUT LE MONDE DESCEND de la bagnole !! - tonne rageusement le père. »

     Ainsi tous les revenus provenant des leçons privées d'anglais de maman (et elle en donnait énormément), ainsi que les nombreuses primes octroyées en guise de reconnaissance pour les innovations technologiques de mon père

    aux bons travailleurs2

    http://www.youtube.com/watch?v=eWNykOk2ckE

    se regroupaient sur un compte portant le nom « Autko » - toto.

    Le compte spécialement ouvert à « P.K.O » (Polska Kasa Oszczędności - Caisse Polonaise d'Epargne) - le seul et unique organisme du pays disposant aisément de l'argent y déposé en toute confiance... et, avant tout, vigilance !   

     Je prenais quotidiennement le bus « 45 » reliant Katowice - en Silésie, considérée comme germanisée - avec Sosnowiec, situé à Czerwone Zagłębie, et représentant une ville « transfrontalière » entre la « vraie » Pologne et « laide dite » Allemagne.

    Afin de tirer mon plan, je disposais d'une tune journalière de 20 zl. - juste assez pour me permettre de boire quatre misérables « herbatka z cytryną » - du thé au citron, et encore, dans le cercle des étudiants « Tam » - « Là bas » de notre université...

    J'étais très « peu-tunée »

    Ou, en « rasant » ces breuvages, je pouvais également siroter (le plus longtemps possible) un Coca-Cola qui en coûtait l'équivalent de cinq...

    Certes, j'étais toutefois équipée d'un « casse croûte » sous la forme d'une tartine du genre « étouffe chrétiens » au saindoux,

    chleb ze smalcem2

    ou, au fromage blanc de maman, ayant la consistance de la feta grecque et au goût de plâtre médical.

    Se trimballant avec moi à longueur de journée, aux alentours de 16 heures ce fromage me lâchait et prenait une forme de « ser topiony » - le fromage fondu, - en incrustant osmotiquement toute « sa structure moléculaire » dans celle de ma tartine sèche et épaisse... et, celle de mon matos d'étudiante...

    elimine les mouches2

    Heureusement, j'avais un copain, Mirek (Mirosław - celui qui, selon le calendrier païen « glorifie la paix »), devenu plus tard un haut gradé à la police.

    Un garçon à l'aspect physique oscillant entre le bûcheron sibérien et le chef Apache, issu du milieu rural

    les jeunes2

    et possédant, outre ses deux bourses de gamin, une autre : celle des études - « stypendium ».

    Il était toujours nanti en bonne bouffe campagnarde !

    Que des grosses tartines aux divers et délicieux dérivés à l'ail et provenant du « świniobicie » local, soit de l'abattage fréquent d'un cochon ou d'autres bovidés ou volatiles...

    salceson2

    Ayant eu un surplus alimentaire considérable ainsi qu'un cœur immensément généreux, il le partageait volontiers avec son autrui « proche », à savoir : nous.

    Les menues tunes m'attribuées au « goutte à goutte » étaient largement insuffisantes.

    Ayant connaissance d'un dicton que « l'argent se trouvait dans la rue » et « qu'il n'avait pas d'odeur » je me suis mise à l'œuvre.

    L'argent...

    Nooooon, je ne me suis pas pour autant précipitée à « en faire dans la rue »...

    Rien qu'à voir déjà la concurrence plus que soutenue émanant de la part d'une trentaine de « filles malheureuses » qui étaient toujours en train « d'en chercher »... sur notre célèbre rue - ulica Mariacka... cela ne m'était jamais venu à l'esprit.

    ul  mariacka2

    Et, dans mon cas bien précis, j'ai commençé par scruter attentivement nos « crottoirs » - trottoirs à crottes canines - au lieu de suivre d'un regard désespéré (quoi que menaçant !) les pigeons se soulageant librement en plein ciel.

    Et, parfois, ma foi, j'en trouvais l'une ou l'autre tune.

    Cependant, la plus spectaculaire de mes trouvailles pécuniaires a été la somme de 600 zlotys - l'équivalent d'une trentaine de leçons d'anglais (de 70 minutes...) de maman.

     En marchant dans la rue - ulica 3-go Maja, près de Dworzec Główny - Gare Centrale de Katowice, je suis tombée sur une première pièce de 5 zl. (à gauche) - Personne ! Ramassage - puis une tune de 2 zl. (à droite) - idem - 20 zlotys - cool - un billet de 50 zlotys (à gauche) - par ici « twé » - et encore et encore...

    Un zloty par un mètre parcouru (quoi qu'en zigzaguant) !

    Au bout de quelques immeubles et après six cents mètres, à ulica Stawowa... subitement : terminus !

    Un poivrot, dans un état lamentable car « ethyliquement » arrangé, gisait, en position couchée contre une lanterne et dans ses urines, tout en évacuant bruyamment le surplus de la boisson se tâtant partout et en éventrant ses poches afin d'y trouver une clope...

    pijaczek2

    http://www.youtube.com/watch?v=ijnfdLFhn2o

    Ses gigotements piteux étaient ponctués par des séquences difficilement audibles : « Woooo-k... Woooo-k... Urwa » -autrement : « Woooo-p... Woooo-p... Utain... » - comme s'il voulait appeler toutes, celles de la rue Mariacka, située à l'opposé de la rue Stawowa.

    ulica

    Toute discussion éventuelle avec lui et la moindre explication en vue de lui rendre ses sous s'avérait totalement inutile.

    Il me semblait...

    Et encore étaient-ils à lui ?

    J'avoue que j'en n'étais pas trop fière de moi...

    Toutefois, pour ma première expérience en « ramassage de pognon dans la rue » ce n'était pas trop mal.

    monety2

    De plus, je l'ai récupéré juste à temps !

    Avant qu'il ne prenne l'odeur de son porteur...

    Après tout, ce n'étaient que quelques petites tunes qui faisaient ma fortune et l'infortune de « drobny pijaczek » - menu poivrot !

    faire d'eux les hommes2


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