• Pologne: Telle est vision

    TELLE-EST-VISION 

     

    Tout a une fin,  les vacances aussi...

    Et nous prîmes la route vers la maison.

    C'était l'année où, l'Homme marcha sur la Lune, et chez nous, Władysław G., sur des oeufs... poussé hors de son orbite par une nébuleuse naissante, le Camarade Edward G. (autre G.)  

    Afin de figer convenablement cet événement dans notre mémoire, la Pologne avait connu un véritable boom de vente de téléviseurs.

    La Terre entière voulait voir ce qui se passait sur la Lune.

    Et puisque cette fois-ci il s'agissait des Américains, certains génies de l'aéronautique de Baïkonour, ainsi que les satellites de l'URSS, abandonnèrent momentanément l'idée de scruter leurs propres étoiles, rouges, et suivre les autres, les filantes (le fruit des limogeages) - s'attendaient à voir le pire...

    Comme dans cette blague amusante et universelle à coller à n'importe lequel constructeur des navettes spatiales, et surtout, plus tard, aux Français...:

     « - Sais-tu compter jusqu'à dix, mon petit Vania (Ivan), demande l'institutrice. Vas-y ! J'écoute :

    - Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix...

    - Bieeeen ! Et en décomptant ?

    - Dix, neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un... et meeeerde... (déception)

    - Encore une fois ?

    - Dix, neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un... et meeeerde... (déception-irritation)

    - Mais enfin, Vania, ce quoi ce gros mot, hein ? Je veux m'entretenir avec ton père ! Qu'est-ce qu'il fait ? Où travaille-il ?

    - Il est ingénieur aérospatial à Baïkonour... » 

     Influencés par la ruée générale, nous avons aussi acquis un poste de TV, « Nefryt », d'origine russe. 

    Lorsque le Grand Marcheur, tout de blanc vêtu, posa son « après ski » sur le globe lunaire... (jusqu'à la ça va, me disais-je), je m'inquiétais déjà, si dans notre téloche il n'y aurait pas un « déviateur-saboteur d'images » transformant cet événement en un trébuchage sec et grotesque...

    A la grande déception de quelques uns, personne n'avait chu...

    Plus tard il apparu même, que personne ne s'y soit jamais rendu, non plus.

    Cependant, là, dans notre poste russe, tout s'était déroulé à merveille. Na !

    L'immense téléviseur occupait la place centrale de notre living, la tanière de Tygrys, et c'était de là que venaient très souvent les hurlements de supporteurs de foot, accompagnés de : Vas-y, vas-yyyyyyy, vas-yyyyyyyyyy, cymbale jeden ty ! (ô le bredin, t'es unique dans ton genre !). T'as su, quand même, apercevoir le but dans le fond de l'écran, non ? Myope !

    Ou...

    le bruit d'une fusillade meurtrière et sans pitié entre les bons, - les cow-boys (blondinets) et les mauvais, - les Indiens basanés (maman préférait ces derniers car les flèches  faisaient moins de bruit...).

    Ou, alors ?

     „Tou rou rou, tou rou rou, tam, tam tam tam tam tam tam tam tam...

    Sapristi ! „Le Saint" !!!

    Avec ce sacré Roger Moore en question et en beauté virile... (maman, pourtant, s'émerveillait de « Dr Kilder » car Richard Chamberlain, lisse et charmeur, lui convenait sans doute mieux... Moore était un précieux macho - comme, finalement, beaucoup de saints...). 

    Tous les mouchards, qui gambadaient dehors entendaient tout de suite et de loin, le célèbre générique du feuilleton à la mode, s'échappant en parfaite polyphonie des centaines de balcons entrouverts.

    C'était un appel au retour à la maison en quelque sorte.

    Chaque jeudi (mon mari, lui, c'est au bistrot qu'il va le jeudi avec ses joyeux acolytes).

    Le reste de semaine nous tuions les soirées à discutailler et à refaire le monde sur base du morceau vu récemment.

    Nous bénéficions d'un seul et unique programme national.

    Les drames psychologiques et sociaux russes qui, à défaut d'être franchement marrants ou moyennement ambitieux, ne nous faisaient que rire, les films à la gloire et la vaillance téméraire des peuples combattants les Nazis lors de la seconde guerre mondiale, incitaient à réfléchir...

    Le programme était agencé et préalablement planifié.

    Les speakerines, en tenues de sages collégiennes, annonçaient en ânonnant « des clous de programme » qui se suivaient, suivaient...

    Jusqu'à l'aube car il y avait beaucoup des choses à montrer.

    Souvent, elles se plantaient, épuisées par ce rôle, au vu de toute la Pologne, comme par exemple dans le titre du film avec BB.,  « Gładka skóra » (traduction du titre assez éloignée et farfelue de l'original dont je ne connais la version française), à savoir « Une peau lisse ». Prononcé, en insistant qu'il s'agirait bien de BB. qui crèvera l'écran, « Głaskać kura » - ce qui signifie plus populairement : caresser le coq - le sexe masculin...

    La carrière la plus risible était celle de « lecteur - doubleur ».

    Les films, en version originale, dont la bande sonore était fortement réduite pour que les paroles de stars connues deviennent inaudibles, étaient entièrement lus par un préposé au doublage.

    Les traductions de l'anglais vers polonais se faisaient en toute vitesse et d'une façon approximative (parfois imposée par les comms) et ne correspondaient que rarement au « message personnel » du  réalisateur du film

    Maman était toujours offusquée, car la voix, douce et suave de Grace Kelly, par exemple,  était habituellement remplacée par le petit ténor monocorde, s'endormant à la fin, d'un lecteur toujours au masculin qui, à force de s'impliquer dans l'action et pris d'émotion, confondait ses feuilles de lecture et les scènes du film.

    (Voici un exemple de "quadrilage" : doublage en deux langues... Hélas...)

    http://www.youtube.com/watch?v=0pr_mpUTLJ4

    Néanmoins, c'était infiniment plus réaliste que les discours soporifiques  de Władysław G. et de toute une pléiade des autres, oscillant autour de son axe céleste.

    Indubitablement, l'Homme, le Mâle, ce Grand Marcheur ou le Lecteur s'immisçait non seulement dans le monde des étoiles du ciné, mais il régnait aussi dans le Cosmos...

    A l'exception, de la Princesse Rainier... pensa maman avec une certaine amertume, en collant très fort son oreiller en duvet d'oie couvert d'une taie en pilou contre son oreille pour ne plus rien entendre...

     Le Saint... qui aimait les femmes

    http://www.youtube.com/watch?v=0n6hyLBaJwY&feature=PlayList&p=59546B76D0C0AA3A&playnext_from=PL&playnext=1&index=1

    SWIETY

     

    et un autre... qui les aimait moins...

     

    st thomas


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