• Pologne: R'audio-folie

     

    R-AUDIO-FOLIE


    chauvesouris 2

    « Une chauve souris s'écrase au plein vol contre un mur :

    - Nom du Djiu ! Saloperie ! Saloperie ! Saloperie ! - constate-t-elle, assommée, en se ramassant tant bien que mal du sol : 

    - Un jour je me tuerais à cause de ce foutu « walkman » ! » 

     

    Les longues soirées de décembre (le coucher du soleil était planifié aux alentours de 15h) devenaient riches en activités familiales.

    Stockés dans nos 50 mètres carrés, y balcon compris, nous nous côtoyions avec une grosse dose de tact et de tolérance mutuelle.

    La télé était proscrite jusqu'à 17h.

    Après quelques devoirs scolaires et extra scolaires, qui parfois n'étaient pas du tout extra..., avec mon frère, nous nous cherchions une autre occupation, plus agréable.

    Dans ces cas,

    chat-en-hamac 2

    maman, jugeant qu'on glandait de trop, nous harcelait verbalement : tu ne prendrais pas un bouquin à lire ou un autre manuel pour apprendre un peu plus dans la vie, hein ? Au lieu de traîner « jak Święty Marek po piekle » ! - comme Saint Marc en Enfer (?!).

    En fait, elle devait certainement savoir quelque chose de compromettant sur ce saint, car un évangéliste et condisciple de Saints Pierre et Paul, ne pouvait, tout de même pas, se trouver dans cette endroit sinistre... Brrrrr !  

    Le tourne-disque « mobile » que nous possédions, n'était pas une occupation « discrète », et surtout pas la musique, que nous désirions justement entendre.

    Mais, (toujours avec mon frère), nous avions (?) une radio transistor de marque « Sokol » - cadeau de papa de sa tournée - de vodka - en URSS.

    radio sokol 2

    Un bel objet enfermé dans un étui en cuir orange et parfumé (en URSS, en enfermait tout...).

    Cette couleur m'intriguait, car dans le monde animalier qui m'était connu, je ne connaissais aucun spécimen disposant d'un derme aussi orange et virant en plus vers le fluo.

    Et sentir bon ?

    Evidemment, mon frère aîné, se l'était immédiatement approprié en écoutant, ce qui lui semblait intéressant.

    Son oreille virait sans cesse vers la couleur « vermeil », collée en ventouse, - comme un « gulik plomber »

    (lequel, ici, porte encore la couleur de ses oreilles enflammées) 

    goulik 2

    - en silésien le déboucheur de plombier à ventouse fixée sur un bâton, - et de temps à autre, il émettait des piaulements discordant, témoignant d'un suivi musical personnel et attentif.

    Cela irritait énormément Tygrys : Chante-t'en une complète, et une bonne fois pour toute ! Fous la paix aux gens avec tes jérémiades psalmodiées ! - éclatait-il assez rapidement.

    Les gens - c'était lui, bien sûr.

    Remarque : Toutefois, exceptionnellement, mon frère aîné partageait avec moi son morceau préféré... à l'aube, à 4 heures du matin, en me réveillant brutalement pour que j'écoutes  « Dom Wschodzącego Słońca », titre en polonais, et La maison du soleil levant, - House of The Rising Sun des Animals (pas de couleur orange, eux !).

    http://www.youtube.com/watch?v=mmdPQp6Jcdk

     

    Les vrais problèmes commençaient alors, lorsque mon frère s'endormait sur son « sandwich - litière », composé en couches, d'un oreiller, d'un petit coussinet d'appoint, appelé « jasiek », sur lesquels, il apposait ce fameux transistor russe, flambant neuf.

    J'ai de forts soupçons, qu'à part sa bonne musique, « fragmentairement » captée (les ondes partaient et revenaient car elles venaient de très loin...), il sniffait voluptueusement le cuir curieusement parfumé de l'appareil...

    En écoutant la musique provenant essentiellement de l'Occident, à savoir, Radio Luxembourg et la Radio Pirate « Karolina », parfois, il tombait sur les journaux parlés, qui s'immisçaient dans ses oreilles attentives et captives, et captant.

    L'Ennemi n°17 de notre nation était « Radio Wolna Europa » - Radio Europe Libre - genre de « cracoucasse - corbeau » enflammé, ayant, entre autres, sa planque en Allemagne de l'Ouest.

    Ses présentateurs consacraient une partie de leur temps à vitupérer en langue polonaise (non académique) sur tous les comms, un par un, ou tous à la fois...

    Mon frère n'y prêtait pas attention et s'agitait immédiatement pour chercher nerveusement une autre longueur d'onde plus musicale...

    Mais la nuit... Alors que tout le monde s'endormait profondément...

    Les rues s'éclairaient de divers gyrophares multicolores.

    A part les « cueilleurs de chiens errants », les « ramasseurs de pijaczki » (de la cellule municipale de dégrisement), les ambulances cabossées (pin-pon, toulou-lout) trimbalant quelques Silésiens souffrant de maladies cardio-vasculaires (largement répandues, sans doute à cause de leur cuisine grasse et ingrate, arrosée de vodka...), les « suki » - « les chiennes » - les véhicules de service de la Milicja Obywatelska à la recherche de la nourriture nocturne - milice citoyenne,  - un autre service se mettait à sillonner les quartiers endormis.

    Les « préposés aux écoutes et repérages politiques », guettant un ennemi potentiel et politique (qui ne dort pas, lui !) du peuple (endormi)...

    fuine 2

    Sans gyrophares, ni diplômes, - munis simplement d'un système super sophistiqué de détection des ondes radiophoniques et d'un goniomètre (de 1940-1945), - ils « scannaient », en quelque sorte, la présence des auditeurs de la Radio Wolna Europa ou autre, comme Radio Tirana - radios émettant des propos « blessant et visant le bien-être du communisme, et autres, "suggestivement" (et délicieusement) innovateurs »...

    Tygrys, à maintes reprises, interdisait sévèrement à mon frère de ses écoutes nocturnes à lui, craignant la venue d'un désastre imminent de la part de ces « As-très communiquant comms ». 

    - Je finirai par casser ton  transistor  en mille morceaux !

    Et, en plus, si tu continues d'englober cet appareil avec ton oreille, tu auras des graves problèmes de santé ! - le raisonnait-il.

    - Quoi ? Que dis tu ?

    - Qu'est-ce qu'elle dit ?

    - Qu'est-ce qu'elle veut ? 

    - Rien, rien. Je le ferai moi-même...

    De tels propos unilatéraux étaient courants.

    Mais il devient déjà sourd ? - s'affolait Tygrys.

    Dans la chambre « à télé », à  10 m. de distance de mon frère :

    « - Wilczku, co robisz ? Que fais-tu, mon Petit Loup ? - dit-il

    Silence.

    Il approche à 8 m. de distance :

    - Et alors ? Que fais-tu ?

    Silence.

    A 4 m. de distance :

    - Ouuuuhhh ! Je te demande ce que tu fais ?

    Silence.

    Il rentre dans la chambre « à balcon » et se trouve, rouge de rage, en face de mon frère :

    - Et alors ?! Psiakrew ! (sang d'un chien...) Depuis 17 minutes je te demande ce que tu faisais, et quoi à la fin ?!!!

    - Mais quoi Quoi ? Enfin ! Je te répond pour la quatrième fois que je suis-en-train de faire-mes-deee-voiiii-rs !!! »


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