• Pologne: Pour Voir l'Achat

    POUR VOIR L'ACHAT


    Le commerce de détail, momentanément si florissant, commençait à dééééécliiiiiiiiineeeeeeer...

    Les nombreux magasins regorgeaient de rayons vides.

    Et paradoxalement, les Polonais se sont retrouvés avec de l'argent, alors qu'il n'y avait  presque plus aucune marchandise dans les commerces.

    C'était assez « facile et commode », car admirer de belles vitrines surchargées de marchandise, et ne pas avoir de moyens financiers pour l'acquérir c'est encore pire...

    La plupart des magasins appartenaient à une chaîne nationale et proposaient ce qu'il y avait de disponible... Hic et nunc...

    L'absence de la moindre concurrence facilitait le développement extraordinaire de « petites échoppes » et de la vente directe en  rue d'objets aussi divers que nombreux, et sans aucune garantie de bonne qualité.

    De gros sacs, appelés « bulgares » -

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    ces immenses « sacs valises » en matière plastique grossière, à dominante bleue et à rayures rouges et vertes - abritaient une panoplie d'objets aussi illicites qu'inimaginables (sauf les parapluies et les yaourts...).

    Des collants, dits « de fantaisie », car fantastiquement troués, des parfums exquis provenant de contrées lointaines - la péninsule Balkanique et le bassin de la mer Noire - des chemisiers affriolants pour femme, car collant au corps, en nylon et de provenance tchécoslovaque (à l'époque), y gisaient, maladroitement incrustés et confondus entre les têtes d'ail et quelques betteraves rouges, dont les Polonais sont si friands...

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    Certes, les autorités municipales de la ville de Katowice avaient aménagé quelques emplacements destinées à regrouper ces marchands « pirates » afin de faciliter un contrôle rapproché, ne fusse que dans un souci d'hygiène...

    Quelle hygiène ?

    Malgré tout, le commerce « de fortune »... vite faite, se développait un peu partout et, le « top du top » « s'agglutinait » près de la gare de chemin de fer P.K.P (Polskie Koleje Państwowe), - encore considéré comme un fléau jusqu'à nos jours.

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    « Przekupka » était précisément le nom d'une marchande « volante » et crapuleusement peu scrupuleuse.

    Du verbe « kupić » - acheter, et « przekupić » qui veut dire « payer un pot de vin » ou dans ce cas, acquérir une chose sans aucune garantie et en la surpayant.

    Les clients potentiels, quoi que argentés, sillonnaient, déboussolés, les divers magasins de notre ville à la recherche de « ce qu'il y avait » sous la main en ce moment précis.

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    "Nous servons poliment et rapidement les travailleurs"

    Les rangements de ces magasins d'état parvenaient, avec brio, à rester intacts durant des années, tout en préservant la même disposition de la marchandise, datant souvent de la dernière décennie et aux couleurs fortement déteintes et peu attrayantes... 

    Les chaussures de femme ? Pointure 37 ? (en Pologne une pointure en moins), alors que mon pied était de 38 ?

    Tant pis, on les prenait...

    On s'habituera aux cloches et autres dégâts collatéraux...

    La qualité, plus que piètre, de ces produits destinés à la vente, appelés « buble », excellait dans l'exécrable.

    C'étaient plutôt « des chefs-d'œuvre de l'art communiste » qui correspondaient proportionnellement et harmonieusement à l'attitude, loin d'être commerçante, des vendeuses y sévissant 8 heures par jour.

    J'ai toujours rêvé d'avoir des « kozaczki » -

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    exemple russe...

    ces bottes longues, en matière synthétique appelée « skaï » (aïe !).

    Waouw !

    Vu l'arrivée imminente de l'hiver, mon père ayant enfin cédé à mes suppliques acharnées et monothématiques, m'avait « déniché » une paire... de petites bottines courtes de « bobonne » !

    Elles étaient d'une mo-che-té ! Mais alors, d'une mocheté...

    Mais en cuir...

    Et comment dit-on, d'une horreur rare...

    Soigneusement et intentionnellement dépourvues de la moindre légèreté ou grâce (et surtout mal proportionnées) avec des petits talons apposés plutôt là où il ne fallait surtout pas...

    Comme si on nous avait placé le pif sur les omoplates...

    Vu la solidité préméditée de ces godasses, estimées de « haute qualité », il m'a fallu 15 longues journées pour  « remettre » les talons à leur place (en glissant expressément sur les flaques d'eau gélées) - ce qui s'avéra tout à fait nuisible pour l'ensemble du design, tout en excluant un port convenable de la paire.

    Comme dans la plupart des cas, il eut encore fallut que nous  réclamassions, et avec Tygrys, nous nous sommes rendus « en croisade » au magasin coupable et délivreur de cette acquisition...

    - Panie, niech się pan przestanie « szczypać » (arrêtez de vous « pinçer » - faire la bile) - Monsieur, vous faites tout un foin pour une stupide paire de chaussures mal foutues, alors qu'ici, dans ce magasin j'en ai 300 paires identiques en stock, et je ne parviendrai jamais à les écouler... - répondit de façon anodine la vendeuse plantée derrière un comptoir exhibant ostensiblement une pancarte maladroitement griffonnée : « Reklamacji nie uwzglednia sie » - Nous n'acceptons aucune réclamation.

    Et nous voilà prévenus.

    En achetant quoi que ce soit, il fallait respecter les conditions d'achat - aux risques et périls du client... alors que dans chaque point de vente un tableau annonçait : Client ma zawsze rację - le client a toujours raison...

    Il y avait également les fameux messages suspendus à la porte fermée de l'un ou l'autre magasin, durant les heures d'ouverture : « Zaraz wracam » - Je reviens tout de suite...

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    Mais quand ?

    A quelle heure l'affichette était-elle mise ?

    Mystère...

    De plus, un client en quête d'achat, et voulant acquérir des biens « par-ci et surtout par-là », devait être constamment en possession d'une « siatka »,

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    d'un filet en fins fils de nylon (comme celui qui accompagne les cannes à pêche), parfois multicolore pour faire joli.

    Les Russes l'appelaient « anoujka », de : « А ну-же случится - а нуж... » a, nou-jé sloutchitsya - Ah, peut-être il me servira...

    D'où en français : un "apeutêtreur" d'achat...

    Ou d'une « torba », - un sac en matière appelée « ortalion », discret (?) car facilement pliable...

    « Ortalion », c'était également le nom populairement commun d'une sorte de « capote » anti-pluie, difforme, et bruyamment « chuintante » lors de chaque mouvement, et retenant jalousement les sueurs y produites par dessous...

    Une « siatka », gonflant au fur et mesure des denrées y déposées, suivait fidèlement les « va-et-vient » de son porteur, et à la fin, au retour à la maison, les « poignées » étaient littéralement et très douloureusement incrustées dans les mains blanchies et violacées jusqu'à l'extrémités des doigts.

    Je n'en ai gardé que des mauvais souvenirs.

    Soucieuse de mon aspect extérieur, maman m'avait cousu une très belle robe d'été.

    En « tissu » léger, bariolé, de couleur mauve lilas blanc.

    100% synthétique... et indestructible quoi que facilement enflammable, cette pièce vestimentaire faisait ressortir tout mon bronzage, et en la mettant, j'étais prête à enflammer le monde masculin.

    Assez courte, à floches, et pourvue d'un décolleté plongeant vertigineusement jusqu'au nombril, et derrière, s'arrêtant... Loin.

    Vraiment quelque chose de beau et unique, mais avant tout, horrifiant exceptionnellement «Tygrys» ...

    Remarque : Comme je le disais déjà avant - Tygrys n'appréciait ce genre de toilettes que sur d'autres que maman ou moi... et l'avantage de cette robe, ce qu'elle était en « nylon », donc ne pouvant servir de torchon lors des travaux mécaniques sur l'automobile cartonnée de papa, la Trabant 600...

    J'en étais râ-vie ! Pendant un temps certain...

    Jusqu'au moment où je suis tombée des nues, et surtout nez à nez avec une da-dame dans la rue, qui tenait dans sa main (pour sûr ! Endolorie) « ma robe » (!?), en l'occurrence, sous la forme d'un vulgaire sac à commissions, débordant de patates aux yeux moqueurs


     

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    et autres poireaux aux moustaches, et ironiquement souriants à ma vue...

     

     http://www.youtube.com/watch?v=9vtgJFBhwwo


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