• Pologne: Par la Pluie Slovaque

     

    PAR LA PLUIE SLOVAQUE


    Dans les recoins de mon cerveau trop relaxé, je me suis subitement souvenue qu'en affrontant la frontière ukrainienne russe, j'avais mis « à l'abri » quelques 30 roubles qui me restaient de ce transit.

    un rouble2

    (x 30...)

    Ils étaient dissimulés dans un rouleau de papier WC desservant en route le notre - intestinal.

    Il était strictement interdit d'emporter des devises russes (devises... le mot est fort...) hors du pays.

    Mais... Bon, pour une fois...

    C'était une solution plutôt minable pour résoudre notre problème pécuniaire car cet argent représentant notre seul et unique pouvoir d'achat, n'avait aucune valeur sur le territoire tchécoslovaque n'acceptant officiellement que des Koronas et, officieusement, des USD et des DM...

    La proximité gluante, grisâtre et graniteuse des Tatras prouvait encore une fois que ses sommets étaient hauts assez pour se situer au dessus des nuages, eux qui frôlaient de près le sol, comme les gastéropodes.

    Les Tatras se manifestaient de façon habituelle, « aquagénérante », sous la forme d'une « dżdżawka » (djdjavka) - soit, une bruine, propice à l'épanouissement comportemental des cloportes, et sexuel des « dżdżownica » (djdjovnitsa) - les vers de terre. Une bruine à tendance franchement et fraîchement « sans-cessale » s'installant pour une durée indéterminée.

    Notre beau bronzage et notre « bonne mine » pâlissaient d'une minute à l'autre à la température en descente progressive, et qui atteignît nos nerfs au plus vif, si merveilleusement solidifiés lors de notre séjour dans le « pays du parapluie »,

    parapluie bulgare2

    dont l'usage restera autre que celui d'une « paraflotte » ordinaire.

    Dans un petit village aussi incolore qu'inanimé nous avons repéré un magasin local, du genre « superette »...

    Porte ouverte...

    Pas un chat... et tant mieux car, sincèrement, nous n'avions « rien à cirer » de sa présence éventuelle puisque c'était celle d'une vendeuse qui comptait pour nous...

    Après une dizaine de « Houuuu ? », « Coucou ? » et autre « Y a-t-il quelqu'un ? » - nous avons compris que ce magasin, rempli à craquer de denrées alimentaires, était totalement vide de toute trace humaine...

    Soudain, sur le comptoir crasseux nous aperçûmes « un mot »  qui nous apprenait brièvement : Milan ! Je suis aux patates (« brambory » en dialecte tchèque). Lorsque tu te décideras enfin, tête de nœud, à te bouger, à midi, apporte-moi du lait caillé, et surtout reste au magasin pour servir les clients ! ».

    Ké patates ? Où se trouvaient-elles ?

    Ké Milan ? Où était-il ?

    Toujours pas un chat en vue...

    Et heureusement, car nos yeux se posèrent sur quelques saucisses quoique un peu suintantes à la température ambiante, mais ayant cependant l'air d'être succulentes...

    Ces merveilleux sauciflards, tellement adulés aussi bien par les Tchécoslovaques que par les Polonais...

    De belles miches de pain bien frais et encore chaudes.

    Des cornichons en saumure à perte de vue... dans un tonneau en chêne.

    ogorki2

    N'ayant aucun autre choix, et ne voyant toujours ni un chat ni Milan - nous nous sommes servis nous-mêmes.

    Certes, très modestement. Et avant tout, en tenant compte de la valeur approximative de la nourriture y acquise.

    Toutefois, en échange, nous avons laissé un mot « rassurant » informant que : « En ignorant où se situe votre champ de patates et ne sachant pas où était Milan, nous nous sommes servis... - Un peu. - Merci ! - Voici tout ce qui nous reste - trente roubles... ».

    En espérant vivement que cette personne puisse se rendre un jour en URSS pour en avoir l'usage... car autrement, avec cet argent « nominable » (à nominal minable), elle ne pouvait que tapisser un petit coin de son magasin... ou bien, en disposer en guise de suggestion dans l'autre petit coin,  le WC.

    papier toaletowy2

    (un peu comme ça...)

    Les saucisses étaient juteuses et merveilleusement grasses.

    saucisse tchéque2

    La « klbasa » (au féminin et sans voyelle entre « l » et « b »...), qui fut rapidement réchauffée dans l'eau, giclait vaillamment et dans tous les sens sa graisse triplement « glicerideuses » tout en « pftuittant » (de l'onomatopée : Pftuitttt !) copieusement sur nos « plastrons », en visant même nos cheveux et nos yeux...

    Les cornichons vaniteux - « ogourcy » - gonflés dans leur saumure gardaient jalousement l'entièreté de ce jus pour nous exploser en pleine figure en se défendant plus que vigoureusement.

    Je ne connais aucun Slave qui pourrait résister ou, pis encore, se plaindre alors qu'il dispose de ces trois ingrédients... 

    Après la première morsure dans ce matos « explosif », nous optâmes unanimement pour l'« achever » en restant alignés côte à côte, les jambes écartées et la tête penchée en avant.

    Personne n'osa se poster en face...

    Remarque : Quelques années plus tard, à Moscou, j'assistais à un repas dans un restaurant de l'hôtel « Kosmos » (Quatre étoiles : mais que des rouges...) Mes convives étaient des hommes d'affaires réglementairement vêtus en costumes chics et plutôt « armani-ens », et à cravates en soie « nina ricci-ennes » ou « dior-iennes ».

    Notre choix de menu était simple : « katlieti Dievoliaï »

    kotlet Devolay 2

    - soit, des blancs de poulet « farcis » d'une grosse « motte » de beurre (congelé) lequel fondant légèrement à la cuisson, rendait ainsi la viande agréablement juteuse... alors que le restant de cette matière butyrique se camouflait sournoisement à l'intérieur de ce « chausson » viandeux pour suivre le mouvement...

    Autrement, ce met culinaire était aussi appelé par ceux qui en avait fait plus ample connaissance - moi seule en l'occurrence - la « Torpille de Kiev »...

    A la moindre « piqûre » d'une dent de la fourchette, une giclée abondante de beurre chaud et ramolli se plaçait adroitement juste au milieu du torse du convive attablé en face...

    dispute dinatoire2

    ("- Si, si, il a "pftuitté" sur moi, Chef !

    - Quoi?! Moi ?! T'es fou !")

    Dans mon cas, aucun problème : j'étais assise au bout de la loooongue table rectangulaire.

    Par contre, les autres cibles potentielles de cette projection « lipido-lactique», étaient disposées les unes face aux autres...

    après...

    ("Allons... Mettez vous près de moi, les gars ! C'est mieux comme ça, hein?")

    Bref, après ce repas, nos pièces vestimentaires et surtout les cravates, étaient bonnes à faire partie d'un stock « de guerre » russe, pour que, plus tard, quelqu'un privé de bouffe puisse en profiter en suçant cette version lyophilisée, mais cependant extrêmement riche en apport calorique...

    ******* 

    Après une longue et éprouvante file, de quatre kilomètres et deux cents longs mètres, au poste frontière de Cieszyn, nous regagnions enfin nos pénates (190 x 80 cm.)...

    Et, aux aurores, lorsque les sons des diverses cloches locales m'explosaient les tympans, la voix douce de maman m'annonça que nous étions dimanche et que... Flûûûte !

    http://www.youtube.com/watch?v=ZNEOl4bcfkc&feature=related

    smycz kaganiec3


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