• Pologne: Pape et Razzias

    PAPE ET RAZZIAS


     

    Des centaines de documents de voyage par jour défilaient devant mes yeux de plus en plus cernés.

    Extirpés des vieux portefeuilles usés de mes clients (non, pas mes yeux...),

    portefeuille Dieu, honneur, patrie2

    (Dieu, honneur, patrie...)

    ils se déversaient généreusement sur mon bureau à la surface lisse, pour passer ensuite par mes doigts agiles car de plus en plus expérimentés.

    Des passeports, des permis de conduire, des « rappels de mémoire » (de leurs tendres épouses) en tout genre - « Avant de te saouler la gueule, Helmut - le Garnement, tu achèteras un pain pour tes gosses ! » - suivis... de l'une ou l'autre morue « à pwèl », aux poumons aussi surdéveloppés que la bouche...

    chobit quelconque 2

    de canalisation ouverte et couverte de rouge à lèvres, d'une image pieuse de St. Christophe -

    sw krzysztof2

    le patron de voyageurs -  partiellement déchirée, ou de la Vierge Noire de Częstochowa au teint grisâtre car passée à la lessive par inadvertance... et des tas d'autres menus papiers bien crados et ayant toujours vécu dans les poches de leurs porteurs.

    Après six mois environ, j'ai rattrapé la galle...

    Eh, oui... J'étais devenue une « vraie-bique-galleuse » !

    Porteuse d'une maladie tout de même « semi-honteuse »...

    Et pénible. Cependant guérissable grâce à un enduis puant,

     

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    (Nooooon...)

     

    épais et oléagineux, fabriqué à base de pétrole, et que je répandais sur toute la surface (poreuse et en feu) de mon corps, ensuite « hermétiquement » emballé dans un gros pyjama en pilou.

    Et tout cela au mois de juillet...

    L'odeur que je dégageais n'était néanmoins pas considérée  comme incongrue, ni incommodante puisque tout ce monde de motorisés autour de moi « schlingouillaient » (du verbe « podśmierdywać » - puer de façon quasi imperceptible... à peine, mais quand même) un même dérivé précieux.

    En guise de remerciements pour nos services jugés efficaces, nous recevions souvent des « cadeaux » - très « en vogue » en Pologne - se présentant sous la forme de diverses denrées alimentaires, telles du café moulu, des bonbons pralinés et à haut contenu en matières variablement éthyliques, provenant de « Hanka » (usine de Siemianowice Śląskie, à 13 km. de Katowice), des tablettes de chocolat, parfois issues de « E.Wedel », ou de gigantesques gerbes de fleurs...

    Et cela réjouissait d'avantage « les stupides Gorgones bipèdes aux langues bifides - perfides et aux propos sordides » à l'égard de ma personne candide...

    Et encore, je m'abstiens de décrire mes crises de foie bien tenaces...

    Le mois juin-juillet, c'était également la période où maman clôturait ses cours d'anglais « expérimentaux » (avec des élèves à partir de 5 ans) et revenait à la maison chargée de quelques centaines de bouquets de fleurs en plus... lesquels - pour une fois et sans aucune rouspétance - étaient immédiatement transportés par « Tygrys » à l'église, qui en était friande au même titre que mon père de mes « pralinki ».

    Pour en revenir à l'usine « Hanka » (depuis 2004 "Michalek"), j'en garde une pensée très tendre car, un jour, j'ai eu l'opportunité de la visiter en compagnie de mes potes de classe.

    L'usine produisait des bonbons fourrés à l'alcool (au goût national) et notamment, des petites « bouteillettes » en sucre,

     

    bouteillettes 2

     

     

    nappées de chocolat noir et enfermant un liqueur d'orange assez forte pour ne pas passer inaperçue.

    Tout en écoutant les paroles soporifiques de notre guide, nous nous agglutinions près d'un gigantesque tas de palettes remplies des dites « bouteillettes » en version brute - pleines et prêtes à passer au nappage...

    Comme d'hab' dans de pareilles circonstances, l'un ou l'autre « bovidé » ou « caprine » fatigué, en s'adossant légèrement à la « pyramide », en avait cassé une et puis une autre... etc.

    Le « jus » qui s'en répandait collait désagréablement sur les doigts, et donc il fallait les lécher en toute discrétion pour les débarrasser de cette matière gluante, quoique de plus en plus agréable...

    Une heure plus tard, environ, notre groupe était devenu subitement hilare et loquace.

    Nous posions beaucoup de questions au guide, infiniment ravi de nous satisfaire et de partager ce ravissement progressif se transformant en état euphorique.

    Plus il pérorait, plus nous lui étions reconnaissants de ses explications bien précises...

    Certains de nos clients faisait « une double file à deux têtes » : les derniers de celle menant vers notre agence se retournaient parfois vers une excellente boulangerie située derrière eux, à 300 mètres, où ils devenait les premiers.

    Certains faisaient « les chapelles », et s'aventuraient déjà dans une longue série de petits « kawiarnia » - les bistros-cafés -  destinés à abriter essentiellement les « Magdalenki » lors d'intempéries saisonnières, ou leurs « Alfons », en manque continuel de tonus.

    Les consommations y étaient aussi coûteuses que privées de la moindre trace d'hygiène (et même de celle d'une quelconque civilisation), parce que les contrôleurs de « SANEPID » (l'équivalent de l'AFSCA) craignaient d'y mettre ne fut-ce qu'un orteil du pied.

    « Une grenouille (eh, oui...) rentre dans un débit de boissons du genre « honky-tonk » dans ulica Mariacka.

    - Une pinte bien froide, s'il vous plaît ! - crie-t-elle.

    Puis, d'un trait, elle vide le contenu de son verre ce qui n'est pas étonnant en soi, compte tenu de sa laaaarge bouche...

    - C'est combien ? - clôture-t-elle.

    - 15 zlotys... - répond le tenancier littéralement médusé, et ajoutant d'une voix blanche :

    - Ca alors ! Je n'ai jamais vu une grenouille siffler de la « bièrasse » dans mon bistro !

    - Mais évidemment, espèce de cloche rapace ! Avec les prix que tu pratiques... »

    En « haute saison », il fallait que je vienne une heure plus tôt afin de pouvoir me frayer un passage.

    La marrée humaine y présente depuis déjà quelques heures (le polonais est un « filologue » assidu et ponctuel) ne permettait à personne de s'incruster dans la file « à la pirate ».

    A mes explications, comme quoi je travaillais présentement dans cette agence, le redoutable « tampon » me répondait toujours avec ironie : « Et moi, je suis le pape ! ».

    jan pawel2

    Quel toupet, vu que ce poste pontifical était déjà pris par Jan Paweł - Jean Paul II -  et que, à ma connaissance aucun Günter, Alojz ou même Zbigniew n'y a jamais siégé...

    Dans ce cas, j'étais forcée de téléphoner à mon bureau, à 150 mètres, pour demander une escorte musclée de nos « poulets oisifs » cependant disponibles.

    http://www.youtube.com/watch?v=L2eZZBMt1CQ&feature=related

    escorte poulets2

    (mes poulets...)

    Remarque : Plus tard, alors que j'étais interprète juré trilingue, « agent triple sec » et « oreille de Moscou » (disponible 24/24 heures) dans une ville à « coloration européenne » et à « haut potentiel de délinquance criminelle », il m'arrivais fréquemment d'être appelée par une police ou l'autre me demandant de m'y présenter « illico, presto, subito et avant que les auteurs de crime n'en commettent ».

    J'accourais !

    Donc !

    Dare-dare !

    Au poste du planton !

    Leeeequeeel,

     

    planton2

     

    épuisé, daaans la fouuuule dense des persoooonnes (de toute façon) lésées et extrêêêêmement irritées, ne levait même pas les yeux

     

    policjant aux yeux manquant 2

    (planton sans yeux...)

    pour m'apercevoir et me demander « kto zacz » - qui c'était...

     

    (Haaaa !!! : C'est moi - ton terreur !)

     

    Alors je me présentais spontanément au « plancton » y entassé, et en retour, j'étais condamnée à écouter durant 30 longues minutes des vociférations aigues de testostérones abrutis, au crâne rasé se prenant pour divers "Papes, Mickey, Rambo ... voire, les fées Clochettes" ou, tout autre personnage connu.

    clochettes 2

    Et si je ne téléphonais pas directement aux officiers de garde, j'y poireauterais encore maintenant...  

    « Un « czubek » - populairement, « une pointe » (manquante)

    czubek 2

     

    (ici présente...)

    - un demi-dépressif - demi-arrièré mental infiniment faible, gît dans un modeste lit dans un sanatorium.

    - Ma soeurrrr, ma soeurrrr... - chuchote-t-il d'une voix épuisée.

    Aucune réponse.

    Trois fois de suite le même appel :

    - Ma soeurrrr, ma soeurrrr...

    - ET PUIS QUOI !!! - hurle une infirmière.

    - Une... Une... Une araignéeeeee... - prononce le « czubek » dépressif.

     

    AOUTAS 2

     

    - Et alors, quoi ! Ce n'est qu'une petite araignée ! - rétorque la « seringue » énervée.

    - Mais, où me traaaaîne-t-eeelleeee... »

    ***

    Après avoir expédié les joyeux juillettistes, je me préparais à dissoudre la file épaisse des « augiassiens aoûtiens », et c'est ainsi que Kasia et Jasiu sont apparus dans ma vie...

     

     


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