• Pologne: Oh, c'est qu'ours

    OH, C'EST QU'OURS


     Depuis une bonne heure au moins....

    Ah... à 4 heure du matin - car à ce niveau oriental de l'Est de l'Europe, le soleil était déjà bien levé...

    Assez, pour se coller à nos échines dorsales, chargées de lourds sacs à dos (surtout le mien, m'a-t-il toujours semblé...), remplis de provisions, et contenant, obligatoirement, un trousseau de premier secours, - nous nous dirigions vers l'extrémité de Witów, en direction de la Dolina Chochołowska, - la vallée la plus longue des Tatras Occidentales - et appartenant administrativement à cette commune.

    A la sortie du village nous longions Kuźnia, - les vestiges, datant du XVII siècle, d'un atelier ferronnier de transformation de minerai de fer, minerai abondamment présent dans les proches alentours, et dont l'extraction avait été abandonnée depuis bien longtemps.

    Après la marche de 8 kilomètres, et avant de pénétrer dans le fond du « boyau » de Dolina Chochołowska, nous traversions Siwa Polana, la « Prairie Grise », connue pour son élevage intensif et massif de brebis et, bien sûr, pour la fabrication des délicieux « łoscypki » fumés, ou pas...

    A cet endroit précis, un panneau de grandes dimensions nous informait cal-me-ment :

    regulamin

    « CHER TOURISTE : ATTENTION AUX OURS.

    TON COMPORTEMENT DECIDERA DE TA SÉCURITE... AINSI QUE DE L'AVENIR DE L'OURS (?!).

    - Tâche de ne pas prolonger ton excursion jusqu'à la tombée de la nuit ;

    - Ne t'éloigne pas des chemins balisés ;

    - Saches que tes détritus abandonnés attirent l'ours ;

    - N'essaye pas de t'en approcher ;

    -Ne lui lance pas de nourriture, car il en réclamera d'avantage (goinfre !) ;

    - Et, surtout : pas de panique : les ours ne chassent pas l'homme... ».

    Aaaah...

    Subitement tous les poils que nous possédions sur la surface de nos corps, se dressaient de peur...

    Mais puisqu'ils ne s'attaquaient pas aux humains... Nous voilà rassurés.

    En fait, durant les années 60., les autorités de Tatrzański Park Narodowy, - le Parc National des Tatras, y avaient introduit cinq ours bruns - quatre femelles et un seul mâle, mais très éveillé et porté sur la « chose »...

    Afin de limiter l'épanouissement de certaines espèces d'animaux « nuisibles » (je précise : pas les singes Bonobo) par leur reproduction galopante, - et notamment celle des loups.

    Se la coulant douce et agréablement dans les champs d'avoine et d'autres céréales à épi monstrueux, ainsi qu'à la proximité directe et plutôt difficilement surveillée des nombreux « garde-manger », à savoir les « kierdel », troupeaux des brebis, - ces plantigrades opportunistes s'étaient considérablement épanouis, semant parfois la panique auprès des êtres vivants, autres que les brebis.

    « Début de l'hiver.

    Dans un bois dense résonnent des bruits effrayants et hautement suspects...

    Un ours fâché, au « paletot » tout ébouriffé donne des coups de pieds dans des carottes de sapin, arrache l'humus humide, cogne les vieux « świerki », les sapins, - en arrachant leur écorce avec ses griffes acérées...

    Visiblement « au bout de rouleau », épuisé, les yeux remplis de larmes, il s'exclame :

    - Purée ! Purée ! Purée ! Et encore purée ! Jamais plus ! Mais alors, jamais ! Qu'est-ce qui m'a  pris de boire du café en septembre ! » 

    Remarque : Il parait, que lors d'un hiver sans neige, les ours n'hibernent pas... et c'est ainsi qu'ils apparaissaient de temps à autre, près des stations de skis, pour y extorquer quelques sandwiches copieusement garnis, et les autres denrées alimentaires généreusement trimbalées par les touristes et les skieurs...

    « Dans une grotte profonde, creusée dans le granit gris des Tatras depuis les milliers d'année, à pas mal assurés,  autrement-dit  « à pattes molles », apparaît un Touriste.

    Au milieu de cette grotte, sur un petit « pot de pisse », se tient un ourson, de quelques semaines à peine...

    - Et alors, mon tout petit ? Ton père est ici ? - demande-t-il mielleusement tout en jetant des regards furtifs de son œil « torve-de-fourbe »...

    - Nnnnnooonnnn... répond l'ourson effrayé.

    - Et, ta mère, petit morveux ? - continue, plus à l'aise le Touriste.

    - Nnnnooonnnn pluuus... - dit l'ourson tremblant de peur de tout son petit corps, encore récemment bien léché par sa maman.

    - Ha !!! T'es seul alors, espèce de charogne ! Eh ben ! Caaa vaaa êêêtre ta fêêêteeee ! Je te......... - hurle alors le Touriste en se ruant en direction du petit ursidé...

    - MAAAAMIEEE ! - crie alors l'ourson en sanglots en se retournant vers le fond de la grotte... où... »

    Nous étions donc prévenus, et en gardant nos sacs à dos bien fermés, nous avancions vers le chemin balisé nous menant vers l'escalade de Giewont, - le sommet le plus haut de Tatry Zachodnie (Occidentales), comprenant, sur sa partie culminante, une croix en fer  de 10 m. du haut.

    krzyz 2

    http://www.youtube.com/watch?v=h2A3tBw83pI

    A la dernière étape de cette escalade, il fallait s'agripper aux chaînes, cordes et barrières y spécialement installées par une équipe bienveillante de T.O.P.R - Tatrzańskie Ochotnicze Pogotowie Ratunkowe, les Postes de Secouristes Volontaires des Tatras, - toujours disponibles pour les touristes.

    http://www.youtube.com/watch?v=QjrFwaFjb8o

    Au début, confondus dans la foule, « au carrefour » - au fond de la vallée, nous nous séparions d'avec les autres, au fur et mesure, et chacun poursuivait ainsi son trajet préalablement préparé...

    Tout en grimpant doucement, comme sur les marches d'un escalier, nous suivions des touristes « durs et pro », - à grosses godasses de marche et avec des sacs à dos comme des remorques de camping, - qui, après avoir escaladé Giewont, sans doute, continuaient vers d'autres sommets et n'en descendaient que quelques jours plus tard...

    A côté de ce « noyau dur » d'arpenteurs de montagnes, il y avait, comme d'habitude, des « nuées » de « ploucs » et autres  « pignoufs », chaussés simplement des tongs,

    tong 2

    slaches et autres escarpins vernis, et qui s'aventuraient maladroitement sur ce sol tantôt graveleux et scintillant de mica, ou lisse comme un œuf, en granit, et zigzaguant vers les sommets.

    Il y avait, certes, quelques « beauty », maquillées et vêtues « outrageusement », accoutrées « jak biedronka na święto lasu » - comme « une coccinelle à la fête de forêt », ou « koń na dożynki », - « comme un cheval à la fête des moissons » -  en mini-jupe-lamée-brillante et portant de minuscules sacs  (comme maman pour aller au théâtre...).

    Parfois, l'un ou l'autre « papy », souffrant d'hypertension grave et aggravée par cette montagne, et gravée de couleur mauve sur son visage...

    figue 2

    Et puis, quelques uns en « costard de cérémonie » noir, aux petites chaussures, et emportant un sac en plastique, « reklamówka »,  y abritant une bonne bouteille de vodka comme « une poire pour la soif »...

    C'étaient visiblement et à coup sûr, de futurs « clients » tant redoutés par ces super beaux gars représentant la « T.O.P.R », - les secouristes salvateurs.

    Après quelques heures d'escalade nous gagnions enfin le sommet de Giewont - une grande « boule » bien lisse et glissante « à merveille » - où un troupeau de « miraculeusement » parvenus, s'agitait en vociférant de joie, heureux d'avoir accompli un pareil exploit...

    Le plus dur pour eux (triple hélas) s'avérait que, après l'émerveillement collectif sur un paysage disponible à tous, ils devaient quand même envisager de descendre de « leurs nuages » pour affronter le retour du sommet, bien raide et béant de préciiiiipiiiiiiiiices... piiiiices... iiiices, ccccccc... Bada boum et bam, bam aussi!   

    Et là, leurs tongs, slaches et autres sandalettes les lâchaient, au même titre que leurs nerfs.

    Ils restaient donc figés, complètement tétanisés de peur, en provoquant les fameux « embouteillages » sur le  « haut » et parfois une avalanche des pierres.

    Ffftt ! Je préférais les ours, les marmottes et les isards...

    Ou les gars de T.O.P.R ! Oh, oui ! Oh, huit ! (pas moins)...

    Ce jour-là, un phénomène optique, aussi rare que splendide, s'y était produit : nous avons aperçu notre premier « widmo Brockena », -

    widmo Brocken 2

    le spectre de Brocken (vu pour la première fois dans la montagne de Harz) - c'est-à-dire lorsqu'on voit sa propre ombre, immensément agrandie, « couchée » sur les nuages se trouvant plus bas...

    Nos têtes « nimbées » (pour une fois...) d'un cercle en « arc-en-ciel », appelé « gloria », la « gloire ».

    La légende disait, que si quelqu'un s'était vu en « Brocken », il  périrait dans la montagne... Sauf s'il l'avait vu trois fois...

    Depuis lors, mon frère ne tentait même plus d'en voir la deuxième version, et il s'était résolu à passer dorénavant ses vacances à la Mer de Baltique ou près de Olsztyn... Et surtout auprès de sa nouvelle copine, Grażyna.

    Nous rentrions à la maison très tard dans la soirée.

    Heureusement, sur une remorque croulant sous un chargement (excessif) de gros troncs de sapins (couverts d'échardes ainsi que d'une résine gluante), tractée par un tracteur de marque polono-polonaise « URSUS »,

    ursus

    conduit par un prénommé, Władek...

    De quoi...

    Nous y étions installés comme des cerises sur un gâteau...

    Après une brève trempette des pieds endoloris dans le « Czarny Dunajec » (et un « perçage » des cloches) - ce soir à 3° C, après avoir frotté vigoureusement mes fesses et mes cuisses, afin de me débarrasser de cette résine tenace, sur laquelle tout collait (y compris la main de notre conducteur me faisant une claque, comprise dans le prix à payer...), - nos pas nous avaient immédiatement menés au « klubo-kawiarnia »...

    Et ce soir-là, je dansais peu, étant donné que ma première danse était accordée à ce même Władek, le Tractoriste à la chevelure longue et épaisse, et que ses mains adhéraient trop (à cause de la résine !?) à mes fesses  et à mon goût...

    http://www.youtube.com/watch?v=1A5pWg2rtNc

    (Succulent...)


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :