• Pologne: Mais - Laide !

    MAIS - LAIDE !

     

    « - C'est vraiment horrible de vous voir ! Vous êtes laide ! Visqueuse et gluante ! En plus, avec vos yeux globuleux... On dirait, exorbités... Avec cette teinte « verdasse » ! Les lèvres couvertes de bave ! Ce n'est pas bien, du tout ! Pouah ! - avait annoncé cruellement le lion à la grenouille.

    - C'est... Parce que... ces dernier temps... j'étais un peu malade... - répondit la grenouille d'une voix faible, imprégnée de confusion. » 

     A la mi-décembre, en me couchant, je ressentais déjà un genre de « gêne » dans mes « tuyaux respiratoires »...

    Comme une brique grossièrement broyée dans la gorge.

    Les amygdales volumineuses comme des citernes de pétrole.

    Ma voix, à la « Dobranoc » - « Bonne nuit... les Petits » - devenait rouillée et les seuls sons que je parvenais à sortir, ressemblaient à ceux, sortis régulièrement sur disques, par Rod Stewart ou Bonnie Taylor (sur des chansons diffusées par une certaine « Rewdiooooo Laaaaxymbewwwwg » au travers de notre petit poste « transistoreux », Sokol, - de production russe).  

    Aïe !

    La nuit se passait très mal...

    Le matin, à 41,5°C, j'étais prête à bouillir... comme un hydrocéphale qu'on fait sécher trop près du feu ouvert.

    Dans ces cas-là, maman était toujours, dirait-on, fâchée et « paniquante ».

    Croyant que c'était de nouveau un subterfuge pour échapper à la « klasówka » - contrôle de math - elle se jetait d'abord vers mon « dzienniczek ucznia » - mon journal de classe - d'élève, afin de connaître le programme des cours pour ce jour là.

    Et si ni les maths ni la physique n'y figuraient, son ton s'adoucissait et devenait soudain chaleureux et compatissant...

    Ensuite, elle en devenait « presque humaine ».

    Mes « filtres » respiratoires avaient besoin d'être auscultés avec soin par un médecin.

    - Pani Halinka ! - criait maman en se rendant aussitôt, deux immeubles plus loin - en diagonale, à gauche.

    La doctoresse de famille, attitrée, - Halina N.

    HN1 - car il y avait une deuxième Halina N.,  - l'exécutrice, le bourreau, - dans un immeuble, - en diagonale, à droite, - et l'infirmière, - HN2...

    Les deux se complétaient à merveille !

     La première : - Dis ââââ, - Rhrhh (seul son audible à la sortie) - après un savant prélèvement de la « brique broyée», située dans le fond de ma gorge endolorie (et ressemblant à un grand fourneau de type « Martens », de l'usine paternelle),

    siderurgie 2

    me prescrivait des pilules sensées soulager ces maux et au goût douteux, suivies de « gargarisation » (je pensais toujours à Gagarine...) d'un mélange « tièdasse » de Hinosol, dissout dans de l'eau (décevante « infection » puante, d'une couleur hésitant entre « verdâsse » et « jaunâsse »), ET... une série de quelques 15 piqûres d'un puissant antibiotique, en vogue dans les pays des comms , - Polbicilline... Celles là...

    Un humiliant « à poil » - le stéthoscope

    sthétoscope 2

    glacialement hostile (venant directement de la température extérieure de -25°C...), se collant sur ma « surface corporelle chauffante », pour entendre le cœur et les poumons...

    Qu'est-ce qu'il y avait de si intéressant à y écouter ?

    Heureusement : c'était une « vieille femme » de 40 ans, si non je me serais décomposée de honte sur place, devant un jeune et beau docteur, comme Richard Chamberlain incarnant le rôle du Dr Kildare dans la série américaine du même titre ! 

    Oufff !

    Re-aïe !   

    Alors que j'agonisais péniblement après cette visite éprouvante, la HN2, faisait son apparition - en toute beauté, parfumée, maquillée et souriante, escarpins à aiguilles (en hiver ?! Oui, mais c'est bientôt Noël !) - comme d'habitude...

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    Evidemment, pour elle, piquer les fesses des malheureuses victimes, était un bonheur pur et maladroitement caché...

    Radieuse et déterminée, accompagnée des cliquetis infâmes du matos de torture enfermé dans un boîtier en métal, sitôt, elle se mettait à stériliser ses aiguilles (pas ses godasses) en les cuisant dans notre cuisine.

    La tête me tournait de plus en plus fort.

    Ce que je détestais le plus au monde dans cette situation c'était, dans l'ordre : 

    Primo : ses propos stupides: Tu verras, ça ne fait pas mal... Alléyyyy, une grande fille comme ça n'a pas peur d'une toute petite piqûre de rien du tout !

    Des clous !

    Secundo : cette « agression » sournoisement malicieuse, et par derrière (car je devais toujours voir ce qui se préparait) d'une aiguille, du diamètre d'une paille à orangeade, qu'elle enfonçait d'un coup sec dans mon muscle fessier, gauche...

    igla 2

    Ouïïï !

    - A demain ! (encore 14 demains... Pitié ! Kurdemol !) 

    Notre HN2 quittait les lieux, se réjouissant d'ores et déjà d'aller « percer » d'autres fesses de petites « Żabusie » - grenouilles et « Wilczki » - de petits loups (en version mâle)...

    Enfin le repos - la paix - le silence...

    Je constatais que mes fesses me faisaient mal surtout largement après.

    La solution médicamenteuse, farineuse, peu diluée, faisait une bosse et la position couchée m'était franchement insupportablement hideuse.

    A peine une bonne position trouvée, je tombais dans les « vaps ».

    La chambre se mettait à tournoyer, tout devenait silencieux, irréel - comme dans de l'ouate...

    - Chodź, chodź Żabusiu, c'est l'heure des médicaments. Viens, viens, tu vas te gargariser la gorge avec le... (Gagarine ? Non, toute seule) Hinosol.

    Et hop, debout - les yeux exorbités, la gorge plus que serrée :  

    Une gorgée avalée...

    - Noooon !

    Une gorgée « coassée »...

    - « A la grenouille », Żabusiu !

    - Grrrrrrrrrr... Hrrrrr.... Gloup !

    - Noooon ! T'as encore avalé ?

    - Ha allait hou heul hans ha horrrhhhee...

    Ce « cocktail » était ensuite « poussé » par une Pabialgina, la vile « paracétamoleuse ».

    Maman n'aimait plus les « tabletki z krzyżykiem » - pilules à croix, - vu qu'il n'y avait ni  posologie ni  composition pharmaceutique, ni, en fait, aucun producteur qui souhaitait se manifester afin d'en prendre le bénéfice...

    Après cette consommation frugale je m'écrasais dans mon lit douillet.

    - On va prendre ta température ! Mon Dieu, tu es bouillante ! Encore 41,5°C !?

    Je pensais alors qu'à ce moment précis, les protéines existant dans mon organisme allaient se solidifier comme le blanc d'un œuf dur !

    Le lendemain, la cérémonie de « piquage » recommençait - sur la fesse droite.

    Et puis, en alternant : la gauche, et puis la droite... 

    Après deux semaines de souffrance intense, pâle et livide, les yeux cernés, je me rendais, en titubant à l'école... pour une seule journée car les congés de fin d'année commençaient...

    Niah, niah, niah !

    Merci Saint Nicolas !

     Aâââââhhhh... - pensais-je, - ce beau Docteur Kildare... avec son "stéthoscope chaleureux"...

     http://www.youtube.com/watch?v=PJPtSA5M7k0

    « - Je suis immensément surprise et plutôt ravie, de voir, à quel point la médecine a progressé ! Quand j'étais jeune tous les médecins me demandaient de me déshabiller complètement pour m 'ausculter. Et maintenant, après toutes ces années écoulées, vous, docteur, vous voyez tout uniquement par ma bouche largement ouverte... - disait une vielle dame au médecin l'auscultant... »



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