• Pologne: Hé-berger

    HÉ - BERGER

     

    Et les hivers rudes s'éternisaient...

    La glace se répandait partout, et surtout, sur les trottoirs couverts de neige fraîchement tombée - propice à un accueil brutal des gens lourds et vite déséquilibrés, car transformés en « meules de foins » géantes...

    La vie ralentissait - on marchait prudemment en essayant de limiter les dégâts collatéraux, dus à cette nappe blanche.

    Dans le complexe sportif du parc situé près de mon école,  les terrains de basket-ball étaient aménagés en patinoires naturelles, où, tous les gosses, parfois accompagnés des leurs parents, s'exerçaient au patinage.

    pingwin

    De temps à autre, des meutes de jeunes « chuligan » (voyou - en polonais), nous agressaient en nous roulant et frottant vigoureusement dans la neige.

    Parfois, lorsque la température externe chutait à -30°C, nous étions dispensés d'école.

    C'était merveilleux...

    Collée contre la fenêtre (couvant déjà une angine), j'observais les oiseaux et les humains engourdis par le gel. Avec maman, on leur donnait à manger et à boire (uniquement aux oiseaux), car c'était à ce moment là - ce que j'avais appris -, qu'on pouvait mourir de déshydratation...

    Justement, à propos de boire et d'une agréable, pour certains, l'hydratation ... notre quartier était connu par toute la population de Katowice car nous avions à 100 m. à vol d'oiseau, une « Izba Wytrzeźwień » - une « Cellule de Dégrisement ».

    Une fois, par la petite fenêtre, j'ai pu voir (pour me rassurer) à quoi cela ressemblait : un dortoir d'une quinzaine de lits aux draps propres et amidonnés accompagnés de chaque côté d'un seau. Une salle de douches à haute pression pour « dessoûler » rapidement les hébergés de force...

    degrisement

    Toutes les nuits, un véhicule spécial, à gyrophare jaune, faisait sa tournée en ville guettant tout amateur d'alcool (vodka ou vin frelaté et bon marché, appelé couramment « Jabol » - de jabłko  -une pomme) précocement endormi ou simplement chu par terre, alors que la fête était à son comble.

    Plus tard, j'ai entendu parler d'établissements semblables dans les régions, dites froides, de la Russie.

    Rien d'étonnant : un « pijaczek » - « menu buveur », après avoir chanté à tue-tête en solo ou en chorale momentanée, sa célèbre « Szła dzieweczka do laseczka... », s'écroulait, endormi, en position de « cloporte » (ventre en l'air) en gigotant parfois faiblement ses pattes-membres partiellement gelés, frôlant une mort certaine...

    Mais juste avant :

    « Il sortait de son « débit d'alcool » préféré vers le parc le plus proche afin d'uriner.

    Il se cognait contre un tilleul :

    - Oh, pardon, m'sieur...

    En slalomant, - clac - contre un chêne :

    - Veuillez m'esssscuuuseer, m'sieur...

    Contre un frêne (car le parc était toujours fortement boisé) :

    - Przepraszam najmocniej (« je m'excuse très fort »).

    Déboussolé, il s'installait, enfin, sur un banc salvateur :

    - Djab' ! Quelle foule aujourd'hui ! Je pisserai, tout compte fait, quand tout ce monde sera parti ! »

    Ramassé à temps, et après une bonne nuit de repos, au chaud et au propre, il se retapait - surtout à la vue (encore trouble), de l'addition qui lui était présentée, à savoir 30% de ses revenus mensuels.

    C'était de vigueur pour toutes les catégories de travailleurs et cette amende, à régler immédiatement, était calculée individuellement, par rapport au salaire perçu.

    Et puisque tout le monde chez les comms avait du travail - ils étaient tous délicieusement solvables ! En cas de manque de liquide sur soi - soit dans 100% des cas - la facture était vilainement et directement adressée droit à l'employeur, lequel plus tard, décomptait la somme due, de la rémunération.  

    Les toutous du quartier, petits et grands, en paletots « de combat » tricotés par leurs maîtresses attentionnées,

    vetement chien

    et même ce vieux caniche pouilleux et miteux, « Żabka Siemienik », (celle du « kapuś » zélé), qui ressemblait à une mortadelle - tellement elle était dodue, car nourrie, essentiellement, au saindoux d'origine porcine mélangé avec du gruau - promenés par leur maître à la laisse ne risquaient rien, par contre...

    Ce n'était pas le cas des autres, Ciapuś, Misiu et Azorek, errant et non attachés (à la laisse...), car tombés dans la disgrâce de leurs propriétaires.

    La cause de limogage : ils ont osé grandir, comme ces mignons chiots de bergers allemands qui plus tard devenaient comme les chiens de Baskerville, et que nous appelions « Javohl »...

    Ils se déplaçaient en véritable meute organisée et enragée à la recherche de nourriture (non gelée), et d'une « rosette », périodiquement accueillante d'une femelle en chaleur...

    suczka2

    Eux, hélas, ils avaient aussi le droit d'être repérés et immédiatement placés dans les cages de fer ambulantes de la fourrière qui sillonnaient sans arrêt nos rues.

    C'était le boulot des « rakarz » - de cette 'spéc' humaine - spécimens, à moitié ivres, et moitié arriérés mentaux, cradots et d'une violence inouïe, dont ils se complaisaient...

    Fréquemment, dans leurs « paniers » à quadrupèdes égarés, ils découvraient les « pijaczki » endormis, prêts à être soumis au tri "quadupède-bipède", et au transport droit vers l'Izba Wytrzeźwień.

     « Dans le tram n°6 (mon préféré !) un « pijaczek » en face d'une dame :

    - Maaais, que v'zet laide ! dit pijaczek

    Silence. Ignorance mondaine.

    - Maaais alors ! Que v'zet laaaaaideee... (un renvoi juteux).

    - Mais vous êtes ivre, monsieur !!!

    - Et, deeeemain ? J'sssssrai retaaapéééé... Et vous ? »


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