• Pologne: Gorgones abhorrées

    GORGONES ABHORRÉES

     


    Enfin, le monde s'ouvrait devant moi...

    Il commençait à ulica Mariacka, la perpendiculaire à ulica Mielęckiego, et se terminait à Kościół Mariacki - l'église de Sainte Marie.

    pzmot dans le fond à droite 2

    Cette rue, bordée d'anciens immeubles datant du 19ème siècle, crados et délabrés, pullulait de très nombreuses « Madeleines » - « Magdalenki » (de : Marie Madeleine de Magdala - initialement « possédée » par « Sept Démons » - sept ! - et par les anges... mais à la fin de sa vie à Sainte-Baume).

    Ces « pécheresses » péripatéticiennes « lestées de quelques heures de vol », étaient spécialisées dans le délestage agile de toutes les bourses se présentant sur les mâles au look exécrable s'y aventurant, y compris les hordes de clients se rendant quotidiennement dans notre agence.

    Les « malheureuses » faisaient des « pas de grues » en tapinant sur le trottoir de la rive gauche de cette rue, tout en gardant un œil sur le mouvement discret, quoi que menaçant, des multiples fonctionnaires de « Obyczajówka » - la « Mondaine », soit la brigade de mœurs de la Milicja Obywatelska (« toujours aux services des citoyens ») - se tenant, quant à eux, à distance, sur la rive droite, et se déplaçant à « pas de poulets ».

    Tous les trois mois elles étaient soumises au « test de Wassermann »

    test2

    servant à détecter des maladies «à ké beuaaark », et donc laaargement honteuses, parce que la bonne santé des clients passait avant tout.

    Et puisque tous les trottoirs étaient occupés, les « Alfons » (nom attribué aux « maquereaux »

    maquereau

    - aux proxénètes - ceux, qui jadis portaient des costards à rayures bleues-marin...) s'agglutinaient dans les porches des immeubles

    w bramie 2

    en suivant d'un œil sévère les exploits de leurs « morues » respectives, parfois « g(h)onorrhées » par les clients et parfois pas.

    « Znajdzie się na Mariackiej ! » - « Elle se trouvera sur la rue Mariacka » ! - disaient venimeusement les mauvaises langues bifides

    langue bifide et pérfide 2

    en parlant d'une fille « à la cuisse légère et aux neurones en goguette ».

    Je m'y suis retrouvée aussi...  

    J'ai été « plantée » au stand des « kk » - kraje kapitalistyczne, le dos tourné à celui des « ks » - kraje socjalistyczne, et j'avoue que le choix d'un tel « emplacement » me convenait à merveille.

    Biuro Obsługi Turystów - l'Agence Touristique - servait les  touristes motorisés se rendant à l'étranger et obligés d'effectuer plein de formalités relatives aux documents de leurs véhicules.

    Des assurances « Warta » (assureur principal), des permis de conduire internationaux (pour certains pays, comme la Suisse, par exemple), des cartes grises (toujours vertes), des « carnets de passage » pour des convois en tout genre

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    se déplaçant sur l'autre continent, des calculs de kilométrage et des trajets à parcourir par des « poids lourds » en vue d'estimer la quantité de carburant et de devises nécessaires, et strictement réservées à cet effet...   

    Ma tâche s'avérait dure.

    Notre bureau était constamment envahi par des clients du genre rouspéteurs qui, en plus, formaient une file épaisse de huit personnes de large et de trois cents mètres de long.

    Je « produisais » donc ces documents à la chaîne, - en trois exemplaires, c'est-à-dire avec deux feuilles de « papier carbone » intercalées dans un bloc de documents vierges, - à une cadence infernale, mais néanmoins variée...

    Le soir, à la fermeture, je ressemblais plutôt à la victime d'une insuffisance cardiaque aggravée, ou à la confectionneuse assidue de confitures aux myrtilles...

    http://www.youtube.com/watch?v=bQQCPrwKzdo&feature=related

    bleue2

    Toutefois, je m'éclatais joyeusement lors de toute explication (interminable) donnée aux conducteurs de poids lourds...

    Ces hommes très, très durs...

    « Au démarrage » car, dotés de cerveaux dont le poids était inversement proportionnel à celui de leurs camions, ils n'avaient pas « la tête » pour comprendre - ils étaient dans ce monde pour conduire des gros engins (Vroum, vroum, vroum - Tût, tût, tût - Barrez-vous les minus !).

    camionneur2

    - Quoi ! Par Liège ? Comment ça s'écrit : « g » ? Ou plutôt avec « rz » (Lierz) ou « zet z kropką » (Lież) ? (qui se prononce comme „jai") - s'égosillaient-ils, agacés de leur méconnaissance linguistique, entre autres...

    - « Żai » vous assure que Liège ce sera parfait - répondais-je imperturbablement, du moins au début de mon travail...

    Et puis, la ville de Huy - fous rires - Huy, prononcé comme « chuj » ( ! Attention à ne prononcer ce mot sous aucun prétexte  en Pologne : « khouï » !) soit, le « zizi », mais avant TOUT, un très gros mot, hélas si populaire et si lourdement insultant un homme.

    Puis, leur passage par le Pays d'Oc - Langwedocja - celui à terminaison du genre « Prozac » - dont la plupart des localités se terminaient en « ac - ak » (comme certains extraterrestres : Ak ! Ak ! Ak !) - ou, comme Goldorak, kayac, hamac, ou encore,  Arnac (la Poste) où je passais sous silence la moindre traduction qui aurait pu se transformer en suggestion...

    Les lettres de réclamations déclenchaient souvent l'hilarité générale auprès du personnel, composé d'une trentaine de personnes polies et infiniment dynamiques.

    Remarque : ...Et une dizaine d'autres « maquereaux », - les nôtres - des agents de « Służba Bezpieczeństwa » - la Sûreté d'État

    agent2

    - lesquels surveillaient étroitement, et à tour de rôle, nos faits et gestes et surtout... les destinations de nos clients, « toujours en fuite » et « sous la loupe ».

    « - Vous m'avez « envoyé » à Mons, en « Belżik » et moi, comme un con, j'ai cherché et cherché... Là, où c'était indiqué sur votre carte, il n'y avait qu'un « Bergen » ! Il faut savoir ce que vous faites dans cette agence ! »

    En saison, durant six mois, j'abattais des heures sup', parce que, comme Hercules dans les écuries d'Augias, je voulais à tout prix « dégonfler » la file de l'extérieur et faciliter les départs imminents...

    http://www.youtube.com/watch?v=Jcb-h8z1uQo

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    En échange de ces services « extra », les clients me reconduisaient à la maison.

    En bagnole, de tout genre...

    karoca 2

    Et, tous les soirs...

    A chaque fois, des hommes différents me « bennaient » devant mon immeuble dans notre petit quartier...

    Où, à chaque fenêtre, fidèle au poste, pendouillait au moins une vieille « pigiste » dont le rôle essentiel consistait au « scrutage »  inlassable et sans pitié de « qui faisait quoi, avec qui et pour combien »...

    En apprenant (HA !!), en plus, que je travaillais « quelque part » sur la « ulica Mariacka » (Ha, ha !), elles avaient l'air de tout comprendre et, leur regard « à l'œil unique » de Gorgones, ne quittait plus mon dos endolori et mon visage médusé d'avoir appris cela...

    gorg...ona2

     


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