• Pologne: Fort Bons... dis...

    FORT BONS... DIS... 


    Maman jubilait...

    Elle passait quasi tout son temps à « posiady » chez les « górale », - de longs moments où tous les interlocuteurs « à peine » bavards et concernés restaient assis (pour une fois).

    Parce que le verbe « siadać » - s'asseoir, veut dire littéralement, « s'asseoir pour un petit temps, s'attarder en position assise » et, d'habitude, sur n'importe quel objet directement disponible pour accueillir les fesses...

    Je dois avouer que je ne voyais que très rarement un montagnard en cette position et sans rien faire...

    Ils étaient toujours occupés.

    Cependant parfois, ma foi...  :

    « Depuis un certain temps, un « gazda » se tient assis sur le seuil de sa maison, « chata » (à prononcer : khata)...

    - Et alors, Gazdo, que faites vous ? - demande un « letnik - ceper » venu du Nord, un être stressé et curieusement agité...

    - Je reste assis... et je réfléchis... - répond le montagnard

    - Mais, oui... Mais lorsque vous ne réfléchissez plus, qu'est-ce que vous faites de bon ? - insiste l'urbain ignare, déjà impatient...

    - Lorsque je ne réfléchis plus, alors je reste simplement assis... »

    Autrement, le mot « posiady » signifiait aussi le moment où un jeune gaillard célibataire (celui avec une plume sur son chapeau), de « bonnes intentions » et de « bonne famille » venait courtiser officiellement une jeune fille, et cela en la présence attentive et très rapprochée de la future « belle » famille de sa belle convoitée.

    En présence de la mamie centenaire, bien sûr...

    C'était aussi un rite, en quelque sorte, pour de longs bavardages à plusieurs personnes, venues à « l'improviste prémédité » et surtout annonçant qu'elles étaient très pressées...

    Maman nous semblait rajeunie, d'au moins une vingtaine d'années, et ressemblait ainsi à cette jeune fille « à longue tresse » et aux yeux bleus rêveurs,

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    telle qu'elle était en 1947, lors de son premier camp de scouts cracoviens à Witów.

    Nous la voyions d'autant plus heureuse parce que les bons souvenirs de l'installation d'une relation amoureuse (à vie) avec papa l'avaient massivement envahis en se rappelant à sa mémoire... (Toc, toc - c'est nous, les souvenirs !).

    En juillet 1947, le groupe de scouts de maman,

    ensemble 2

     « Kłosy » - les épis de blé, épis  richement brodés sur le tissu en velours sur fond bleu azur, (Aïe ! Avec lequel, plus tard, ô malheureuse ! j'ai réalisé une robe très réussie à ma poupée... ça a été ma fête...) -  après une brève messe au lever du soleil, car le scoutisme de jadis était essentiellement basé sur l'amour de Dieu (de mon temps c'était plutôt de Lénine...) et de la Patrie,

    lilijkai

    s'était rendu dans les Tatras. A quelques 80 km. de Cracovie.

    Le camp s'était installé dans une immense prairie appartenant aux trois frères montagnards : Jan, Jacek et Andrzej.

    Janek 3

    Et pour une fois, il s'agissait d'un camp mixte ! Filles et garçons...

    D'où la présence de mon père - un « druh », compagnon (pour ne pas sortir de gros mot de genre : « camarade ») - le plus beau et le plus athlétique parmi tous les autres jeunes de son âge, j'en suis certaine.

    La fille s'appelait « druhna ».

    Ces « hommes ados » (à ne pas confondre avec les GéGé - Grands Garçons « monothématisant » sur le foot et les bolides rapides...) étaient également là à cause de la « dangerosité » du coin...

    Un coin rude et sauvage.

    Lequel en ce temps là, juste après la guerre, pullulait de bandes organisées de combattants nationalistes armés faisant partie de l' U.P.A (Ukraińska Armia Powstańcza), Armée Insurrectionnelle d'Ukraine  - luttant pour l'indépendance de l'Ukraine contre la Wehrmacht, la Résistance polonaise, et l'Armée Rouge... En fait, contre tout le monde, me semble-t-il.

    Sévissant sur toute la région du sud de la Pologne, et surtout au sud-est, ils exterminaient par milliers la population locale, « ceux n'ayant pas émis la volonté de faire clairement partie » de ces derniers...

    « Toute personne, qui ne se prononce pas pour l'Ukraine indépendante sera considérée comme l'ennemi à abattre », disait, entre autres, leur programme marquant pour son score les quelques +- 250 000 victimes massivement assassinées, village par village, et souvent brûlés vifs .

    Remarque : Lors du règne « rouge » des comms du Pacte de Varsovie au pouvoir, ce sujet était toujours considéré comme « brûlant », fortement « nébuleux », voire même tabou.

    Comme tant d'autres...

    Toute la région méridionale riche en grottes, coins et recoins et autres endroits des plus isolés,  proche des frontière slovaque, tchèque, ukrainienne et moldave, connaissait, pour s'y être abritée déjà depuis le XVII siècle, quelques brigands, forbans et plutôt « fort bons », - « zbójnik », lesquels agissaient, certes d'une façon fortement musclée, mais restant cependant dans un cadre purement social et démocratique (comme Robin des Bois, pas comme Lénine), et visant le féodalisme odieusement présent...

    Leur point commun, aussi bien d'Ondraszek  - de la montagne silésienne polono tchèque,

    ondraszek 2

    ou Majcherek - de Żywiec, ou encore de Juraj Janosik,

    janosik 2

    - ce légendaire « employé social actif », natif de Slovaquie et « débordant » de temps à autre dans les Tatras polonaises, - consistait au port absolument quotidien d'une « ceinture de force ».

    Certes, dans l'histoire de l'humanité, il y en eu certains qui soignèrent particulièrement leur tignasse précieuse, ou d' autres, qui se catalysèrent jalousement sur leur talon, ou d'autres encore qui cherchèrent, vainement, après le Saint Graal ou une tablette avec les dix commandements de Moïse...  

    Ces trois « délicieux chenapans », si choyés par le peuple, avaient péri (exécutés par une suspension à un crochet - à que brgh !) parce qu'on leur avait ôté, par un subterfuge infâme, leur ceinturon - harnais.

    Ils portaient tous le nom de « Harnaś » parce que, historiquement, étant des soldats réguliers de l'une ou l'autre armée de nobles locaux et féodaux, leurs torses (virils), étaient protégés par des « harnais »  - une sorte d'armure légère...

    Devenus rebelles et déserteurs des ces troupes, et donc, « hors-la- loi », en échange de nourriture, du « sourire radieux » d'une rosaire et d'une grande estime, ils défendaient et aidaient financièrement la population locale (nooon, il ne s'agissait pas des racketteurs !). 

    Et si les montagnards d'aujourd'hui portent dans leurs cœurs ces brigands si populaires et considérés comme des héros, c'est parce que leur détachement du féodalisme correspondait strictement à leur caractère - rebelle, mais toutefois infiniment chaleureux et accueillant.  

    Et à force de caractère ils sont devenus forts ! Très forts.

    http://www.youtube.com/watch?v=7cRqXHPibG4

    Et pas uniquement grâce à large ceinture de cuir portée autour de la taille, tous les jours...

    Dans le contexte de la présence visible (quoi que discrète) des adhérents de l'U.P.A, poussés vers l'ouest et réfugiés dans les parages de Zakopane car activement recherchés, ce camp de scouts avait était entièrement mis sous la protection des montagnards locaux, lesquels prenaient ainsi l'espoir de se débarrasser définitivement de tout bandit.

    watra 3

    De tous les bandits ?

    Non, pas entièrement! Uniquement de ceux qui étaient différents de leurs propres « forbans » nationaux tant adulés...

     


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