• Pologne: Doux Liards

    DOUX LIARDS...


    Edward Gierek, natif de Haute Silésie, - après un parcours politique long, rude et encombré de nombreux fourbes lui tirant dans le dos près des corons du Pas de Calais ou de Limbourg belge - devint notre nouveau Premier Secrétaire du PZPR (Parti Ouvrier Unifié Polonais), et, par la même occasion, le grand chef de la République Populaire de Pologne toute entière. 

    Issu de notre région, ce Silésien, diplômé de l'Akademia Górniczo-Hutnicza, l'Ecole Supérieure des Mineurs et Sidérurgistes à Cracovie, - s'était gravé dans la mémoire des âmes qui lui étaient dévouées et soumises. 

    http://www.youtube.com/watch?v=0cF6oLX0htk

    « Saint Pierre faisait ses « entrées ».

    - Oh ? C'est qui, avec ce visage si jaune et ce regard si morne ?!

    - Nous sommes des victimes de la jaunisse...

    - Et vous, au visage si blanc et à l'œil délavé ? (Remarque : non, il ne s'agit pas de Hollandais...)

    - Nous souffrons d'anémie...

    - Et vous ? Au visage rouge et à l'œil si enflammé ?

    - Nous avons la rougeole...

    - Et ça !? Mais... qui sont ces malheureux au visage noir et l'œil affamé ?

    - Nous sommes des « hajer » de Haute Silésie (des mineurs) - et avons été victimes d'un coup de grisou... »

     

    Lors des dix années de son règne au parcours méandreux, la Haute Silésie avait, enfin, connu un essor économique fort spectaculaire : les salaires des ouvriers des mines et des aciéries avaient considérablement augmenté, alors que ceux des ingénieurs étaient toujours nuls... 

    Les frontières avec l'Occident s'étaient percées comme un ballon, et n'étant plus étanches, facilitaient une « circulation touristique » plus en moins aisée, due aussi à une convention signée entre la Croix Rouge Internationale avec les divers dirigeants politiques, et donnant le droit au fameux « regroupement familial » des familles dispersées dans des pays ayant une coloration fort différente. 

    Ainsi, dans notre région, « germanisée » de force depuis des décennies, il ne restaient finalement que quelques allochtones déboussolés et figés, comme des bolets à leur humus humide de feuillage de chêne... 

    Les « pistes unilatérales », car « à aller simple » de « tourisme » polonais, menaient, essentiellement, en RFA, aux USA et... en Israël.

    On prédisait depuis longtemps, que dans un souci de faire des économies d'énergie nationale, il suffisait « d'ouvrir » les frontières vers l'Ouest pour que le dernier partant puisse débrancher l'électricité générale... 

    Les médailles du mérite se faisaient remplacer par des enveloppes (grises en papier Kraft) contenant « la quinte essence de la reconnaissance » de l'un ou l'autre employeur (état), en version purement pécuniaire, et à la vue, hélas, et à l'ouïe de tout le monde.

    « Pourquoi a-t-il déjà sa troisième médaille ?

    Parce que il en avait déjà deux.

    Et pourquoi la deuxième ?

    Puisqu'il avait déjà reçu la première.

    Et pourquoi cette première ?

    Parce qu'il n'en avait aucune autre. »

    Les autres enveloppes, plus gonflées et mimétiquement blanches, passaient discrètement en dessous des tables, lorsque la santé de l'un ou l'autre Polonais était défaillante.

    Elles étaient destinées aux médecins - spécialistes pratiquant... surtout, l'extorsion de fonds, appelée, disgracieusement, plus tard : racket ...

    Leurs contenus inodores, restaient méconnus de la classe ouvrière  concernée.

    Les sommes d'argent, bien rondouillardes, passées au « noir » aux blouses blanches, (Białasy - de : blanc - biały), étaient ensuite astucieusement valorisées par un « blanchiment » de ces derniers, spécialistes également de cette non couleur... 

    Les devises occidentales, avec leur propriétaires, commençaient à faire massivement irruption sur le marché polonais, tout en repoussant les vils złotys, en alu très léger, - nos valeurs nominales...

    zloty 2

    Le Złoty ( dit : "en or") était complètement dépassé par rapport au Deutsche Mark ou au Dollar américain, mais tenait cependant la dragée haute, face à la Roupie ou  autre Kyat non européen...

    Quelque personnes de mon entourage proche, suggéraient également de forer deux ou quatre trous dans nos zlotys, en vue de leur recyclage et de leur commercialisation en guise de boutons, pour lesquels nous étions toujours en rupture de stock.

    Un réseau de magasins, initialement appelés Sklepy Dewizowe PeKaO (banque regroupant ainsi les devises dispersées aux diables...), puis PEWEX (Przedsiębiorstwo Exportu Wewnętrznego - Société d'Exportation Interne - cool !) - permettait l'acquisition de marchandises, dites « de luxe », en payant en devises étrangères. 

    Le commerce illicite en bonnes devises « dures », était devenu une activité hautement et purement lucrative et se propageait au niveau national.

    Ces marchands ambulants de devises s'appelaient : « cinkciarz » ou « cingciarz » (se prononce tchingtchaj),  car en découvrant les touristes fortunés des lointaines contrées, ils s'adressaient à eux, en anglais basique : « Tchintch moni ? »

    Il y encore une autre hypothèse concernant l'origine de ce mot.

    L'homme opulent et localement disponible compterait ses liards par billets de 500 - de « cinquecento » en italien.

    Ou, peut-être, du Sing Sing - nom de la maison d' incarcération  célèbre et américaine où ceux « A cinquecento » croupissaient à l'époque de Al Capone ou dans les autres périodes ...

    N'empêche, qu'un jour, j'avais acheté mes deux dollars auprès d'un « sprytny cingciarz » - un « astucieux marchand de devises issues de l'importation externe », - au prix de 220 zl. - un !

    Aïe !

    Remarque : A cette époque, le salaire mensuel de mon père s'élevait à la somme de 6000 zl.

    Celui d'un « sztygar » - chef d'équipe de mineurs, à 9000 zl..., avec une possibilité de travailler des heures supps, si cela lui chantait... 

    Avec cela, j'ai juste pu m'acheter un savon

    LUX 2

    ainsi qu'un minuscule paquet de chewing-gum « Hollywood » à la menthe, lasse de remâcher finalement ceux,  déjà « surexploités » par les mâchoires de mon frère. 

    Un seul savon, mais de marque « Luxe »... pour son parfum, sans doute, qui m'avait semblé exquis... cependant pas plus, que celui de mes deux premiers Dollars...

     

    dollar 3

     


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