• Pologne: Demi Rage

    DEMI RAGE


    Appuyée sur la tablette de la fenêtre de la cuisine, « parapet », j'observais lascivement un couple de choucas (en polonais : "kawka" - tout court et sans Frantz) jouant aux Stucas et se chamaillant dans la

    stukas

    couronne "feuillue" d'un peuplier poussant miraculeusement sur place et en face.

    Visiblement, l'un d'eux,

    kawka 2

    le plus âgé et expérimenté, s'acharnait sur un « jeunot » à bec jaune de son espèce, lui refusant l'accès au tronc de cet arbre, où une irruption abondante de chenilles « poilues » promettait une tournée de « miam » de qualité...

    Soudain, un planeur immatriculé à l'Aéroclub Śląski, était apparu, en glissant gracieusement entre les cumulonimbus grisasses suspendus sur notre ville...

    A quelques mètres à peine, il s'était mis à balancer légèrement et doucement de gauche à droite...

    « Youpie » !!!

    C'était le signe tant attendu : mon frère avait réussi !

    Il avait enfin réalisé son rêve - entrer à la Wyższa Oficerska Szkoła Lotnicza (W.O.S.L) - autrement appelée Szkoła Orląt - l'Ecole Supérieure des Officiers d'Aviation - « Ecole des Aiglons » - située à Dęblin.

    Après une longue série d'épreuves scientifiques et pratiques passées à Wrocław, où la concurrence s'élevait à quelques 300 personnes pour une place... voilà, qu'il se trouvait (presque...) au rang d'« Elew » - l'élève -  dans cet établissement tant convoité par tous les petits « couillus », et quelques filles, y compris « un vilain ennemi potentiel voulant attaquer notre territoire national par la voie aérienne »... (Non, pas une bronchite...)

    Après cinq années d'études théoriques, d'épreuves physiques des plus sophistiquées, y compris 600 sauts en parachute par an et des heures d'essais de nouveautés volantes - il pourrait « latać na rurach ».

    « Rura » - un tuyau, un tube, un boyau - entre aviateurs, s'était le nom commun donné aux avions à réaction à cause de leur forme fuselée.

    Toutefois, la joie de cet événement était plutôt étouffée par le fait que « Tygrys », - qui ne supportait pas le moindre "engin en construction métallique conçu pour la vitesse, tant planant, volant, flottant que de courses", - n'était absolument pas au courant des démarches, tout à fait clandestines, entreprises auparavant par son fils.

    L'ingénieur « ès » métallurgie, est-ce en sidérurgie (?) et en connaissance parfaite des structures moléculaires de tous les métaux existants, - bien rivé sur son sol stable (quoi que communiste), - sa vie durant, restait convaincu que ses descendants mâles partageraient avec lui la même fête patronale, à savoir la Saint Florian...

    Remarque : à l'exclusion cependant des pompiers, vu le danger « généré par l'insouciance humaine » autrement dit « la connerie humaine »...

    Mais, il eut encore fallu que nous l'en désillusionnassions adroitement et, bien sûr, avec tact...

    Maman, qui était au courant, et néanmoins inquiète comme toutes les mamans, n'avait qu'une seule et unique devise : il fallait exercer sa profession avec dévouement et en l'aimant par dessus  tout... 

    Quant à « Tygrys »...

    Peut-être aurait-il voulu être aventurier ...

    Un homme fort qui n'ayant pas froid aux yeux, vivrait sa vie à la conquête de pays lointains et surtout éloignés du régime politique à la coloration dominante rouge et surtout parsemée d'étoiles... tout aussi rouges.

    Nous lui avions (et voilà !) annoncé l'exploit de son fils. A table.

    En toute simplicité... « recherchée », en lui préparant de façon collective, avec un soin et une préméditation plus que perfides, ses meilleurs plats, à savoir : le « golonko »

    golonko2

    - le jambonneau au raifort, aux cornichons et avec une purée très, très longuement écrasée, afin d'obtenir une véritable « pape » lisse, à la consistance de caramel chaud...

    Ben oui, ainsi, en la mâchonnant, il serait peu « loquace » : ni « Over » ni « Roger » mais plutôt « mayday » - appel de détresse...

    En plus, il devait catalyser son attention grognant et paternelle sur la découpe convenable de son « nonosse » viandeux.

    Sans  chichis inutiles, mon frère tira droit au but : pan !

    - Papa, j'ai réussi... brillamment tous mes examens et, en octobre, j'entame mes études à Szkoła Orląt à Dęblin... 

    Derrière l'os de « golonko » d'un kilo, adroitement disposé, apparurent, au moins, trois images et plus précisément une « plateforme » blême décolorée d'aspect rond, les deux demis sphères exorbitées torves y incrustées, ainsi que la pointe d'une langue à dominante fourchue...

    Grâce à la purée servie préalablement et plus que copieusement,  les trois éléments physionomiques et faciaux commencèrent doucement à nous rappeler les traits humains du visage de « Tygrys »...

    Après quoi, une voix hésitante à haute saturation « patatesque » s'était fait entendre :

    - Mais quel con ! Quel idiot ! (Il avait dit !) Saperlip ! Tu te rends compte de ce qui t'attend ?! Avant tout, tu ne seras qu'un simple plouc ! Un con de militaire... « Jak z koziej dupy trąbka »! - « comme si du cul d'une chèvre on pouvait faire une trompette » ... (Et là... il n'aurait pas dû le dire... Oh, non, non, non...)

    - Papa je VEUX piloter les « rury » !

    - Nos « ISKRA » (en polonais : étincelle... brgh, mais c'est lugubre !) vétustes et démodées ?

    iskra2

    Les MIG ?! (en russe : instant mais un instant de quoi ? Inventés par Artiom MIkojan et Mikhaïl Gurievitch )

    mig 21 plans2

    (Fastoche, quarante ans plus tard...)

    As-tu vu QUI les construisait ! Des magouilleurs politicards et des ivrognes de russes, voilà ! Cela ne tient même pas ensemble... Ce sont des cercueils en acier ! Par contre, hmm, les MIRAGES... Leur design...

    leonardo2

    (quand même copié...)

    Je les ai vus une fois lors d'un show aérien.... Bref, qu'allais-je dire ? Il n'y a pas de miracles ! Les études « militaires » ici, même du plus haut niveau, ne valent rien... Sois ingénieur, comme « tout le monde », après tout...

    (Psittt ! Les « tous le monde » et le « après tout », c'était Lui.)

    « Tygrys » débordait visiblement de rage... (et sa portion de raifort suivie de nonosse dominant, de son assiette...)

     « Un patron expérimenté depuis des années en plomberie, accompagné de son apprenti, intervient pour une vilaine, mais alors, vilaaaaine fuite de WC.

    Une fuite largement répandue et profondément installée...

    Le Grand Chef prend l'air et plonge sa tête entièrement dans le liquide douteusement visqueux... et odorant...

    - La clé de 16 ! - crie-t-il à son ouvrier non qualifié, tout en faisant surface momentanément...

    Il inspire l'air et  replonge dans la gadoue puante...

    - La clé universelle ! - commande glougloutante et orientée vers le jeune piétinant d'impatience sur place...

    Aussitôt il replonge...

    Et refait encore « surface » :

    - Marteau !

    Voilà, après 17 répétitions de la même procédure, dégoulinant de tout son corps et méconnaissable, il se met debout, et en visant son apprenti profondément dans les yeux, il lui dit :

    - Regarde bien et retiens ça dans ta petite tête, petit con. Il faut beaucoup, beaucoup étudier pour devenir un vrai, bon plombier ! Dans la vie, il ne faut surtout pas de se contenter de passer bêtement et continuellement les outils aux autres ! » 

     

    Et puis, subitement, il s'était adouci...

    Réfléchissait-il ?

    En tous les cas, on aurait dit que sa tête s'était « aventurée » un petit « mig » dans un de ces quatre éléments qu'il ne maîtrisait point et qu'il craignait tant... et qu'une « iskra » de fierté s'y allumait...

    Et comme d'habitude, dans ces cas d'extrême contrariété, il s'était rendu chez son coiffeur, Alfred.

    C'est pourquoi il conservait toujours cette coupe très, très courte « à la brosse »... et plus tard mon frère, rasé « la boule à zéro » à son école,  son sang froid et... sa place bien méritée, parmi les « elew » de W.O.S.L.

    http://www.youtube.com/watch?v=ldPgDZBSVUA

    Après leur passage à la « tonte », le quartier entier s'était mis à vibrer et « admirer » mon frère comme un héros...

    petrie

    Nous avons alors officieusement compris que le sujet était clos, et que mon frère (Garde à vous !) pourrait aller étudier à « son école »,  à condition qu'il essaye de piloter autre chose comme « boyau à fuselage métallique » qu'un MIG ou ISKRA...

     (Kra, kra, kra ! Disaient les corbeaux locaux ...)


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