• Pologne: Cygnes et stigmates de paix

    CYGNES ET STIGMATES DE PAIX

    http://www.youtube.com/watch?v=ph3h2IJAsgk


     La culture élargit les horizons...

    Particulièrement dans le cas de la Pologne, abrutie et noyée dans l'eau stagnante et vaseuse de la « politicaille politisante » de nos comms, en expansion la plus totale.

    Afin d'attiser et stimuler les esprits de la population locale, ouvrière et travailleuse, les autorités municipales et hautement politisées de Katowice (ville lieu) avaient donné naissance à la Filharmonia Śląska à Katowice et Opera Śląska (sûr, tout était « Śląska, i, ie » - silésienne, silésien, silésiens) située à Bytom, 15 km. de Katowice.

    Un beau jour, pour nous, mais frôlant plutôt le cauchemar pour Tygrys, nous eûmes l'opportunité (papa la corvée...) de recevoir de la part d'un puissant service social de « son » espace polytechnique, de « son » usine, - quatre entrées pour le ballet « Jezioro Łabędzie » - « Lac de Cygnes », de Piotr Illitch Tchaïkovskiï.

    Maman (notre violoniste attitrée), visitée par une émotion sans limites et sans frontières, ne savait plus où se mettre pour préparer notre venue dans « son » espace spirituel, cependant différent de celui de l'église (entre nous : la scène ou l'autel possèdent la même magie, et la même qualité où l'on voit plusieurs personnes s'y produisant, de loin... C'était sans doute pour manque de maestria qu'on avait laissé aux leaders communistes qu'un simple parloir).

    Les véritables parures, les vêtements neufs, les chaussures cirées, mon frère et ma maman chez le coiffeur (lui pour une coupe de sa tignasse abondante, maman pour une "meule de foin choucrouteuse"), moi : au bain (!), papa au costume de réunions du parti, et la chemise blanche outrageusement amidonnée...

    Plus il complétait son accoutrement théâtral, plus il se raidissait tant à l' intérieur qu'à l' extérieur...

    Derniers préparatifs : eau de toilette « Soir de Paris » pour maman, eau de Cologne pour papa (de plus en plus raidi par le stress de l'inconnu...). Avec mon frère nous restions, presque, inodores car, après le bain au savon gris de Marseille - une horreur (qui puait heureusement uniquement lors du contact avec de l'eau chaude) - il n'y avait plus rien qui tenait à cet âge.

    Contrairement à tous les autres départs, aux champignons, à Cracovie ou en  promenade, mon Tygrys rasait du près les « murs, toujours aux oreilles » de notre habitat, il traînait par ci, allait par là, toilettes, re-toilettes (émotions ou problème de prostate ?) - il s'é-ter-ni-sait tout simplement !

    Je connaissais ça très bien et je le comprenais, mais pour une fois...

    Au théâtre : bonjour à gauche, bonjour à droite - tous les travailleurs de l'usine étaient au complet. Une centaine de dames, « aussi vieilles » que maman (36 ans) habillées identiquement. Maman était la plus belle : telle Grace Kelly, elle trônait avec son « kok » sur sa tête, artificiellement et chimiquement gonflé et malgré la même robe que les autres, on voyait qu'elle était différente. D'abord je pensais que c'était à cause de son « Soir de Paris » (cadeau d'une copine globetrotteuse) mais non : c'était l'émerveillement qui émanait de chaque pore de sa peau.

    Le spectacle avait commencé : un petit bonhomme, le « kapelmeister »,  du genre Einstein (visiblement, en tant que vedette il s'était permis de ne pas aller préalablement chez le coiffeur, au grand désarroi de mon frère) avait commencé par une série des bruits stridents, « d'essai des instruments », comme s'il ne pouvait pas faire cela plus tôt !

     Enfin. Silence (je détestais ça car je risquais succomber à une attaque de fou rire) : ouverture délicate et sensuelle...

    - C'est Tchaïkovski ? - disais-je pour confirmer auprès de maman 

    - Non, il ne me semble pas... - répondait Tygrys en fixant avec l'insistance quelqu'un assis au premier rang. Attends... difficile de dire, de son profil... En verra mieux lorsqu'il se retournera plus vers nous... Si c'est lui, n'oublie pas le saluer. Je crois que l'ai déjà rencontré à une réunion ou l'autre...

    Khhhhhhhhhhh, fchhhhhh, - rappel de maman furieuse contre mon père - iconoclaste.

    Nous étions assis très près de la scène.

    Et lààààààààààà !

    Waouuu ! Une myriade de petites cygnes en véritables « baletki » - les chaussons de ballerines, et les tutus diaphanes commençaient à défiler devant mes yeux recroquevillés de bonheur et stupéfaction.

    Bam, bam, bam ! Toup, toup, toup ! (Mais quoi?!).

    Tremblement des planches. Le bruit de leurs « entrechats » résonnait et les autres figures, « choréographiquement » correctes pourtant, étouffait littéralement la musique essayant de suivre tant bien que mal.

    Petite remarque : j'avais déjà vu une vraie ballerine.

    A Koszutka, un quartier avoisinant le nôtre, où les ouvriers étaient moins visibles. A sa vue, les garçons disaient : « Z tyłu liceum, z przodu muzeum » - De derrière - une lycéenne (ado) ; par devant - une "muséenne" !

    Effectivement, les silhouettes allongées (dirais-je : « spagettales ») jusqu'à l'impossible, les jambes jusqu'aux oreilles, petites têtes comme des épingles aux cheveux longs repris en « coupole », plate et lisse.

    Evidement, me suis-je dis, elles doivent absolument être ainsi, car si les grosses « parówa » (saucisse chasseur) se mettaient à danser, rien ne résisterait plus au dessous de leurs pieds...

    parowkowa frustracja

    Mon père, après avoir calculé la résistance des planchers, rassuré, s'était mis à ronfloter, « vulnérablement » affalé dans son siège, c'est à dire le ventre en l'air en guise de soumission à l'égard et au regard sévère de maman, tel une coccinelle « faisant le mort ».

    Mon frère restait éveillé pour scanner les dessous des ballerines.

    Quant à moi, je reniflais avec certain dégoût l'odeur âcre de transpiration de ces « divines diaphanes » évoluant sur la scène.

    Les signes d'extrême fatigue, dus à cet effort physique intense, s'installaient de plus en plus sur les visages défigurés de douleurs et de maquillage, comme les peintures de camion pakistanais (que j'ai connues plus tard...) des cygnes dansants.

    http://www.youtube.com/watch?v=nEjPDS8Jp1E

    J'ai pris alors une décision : j'arrête le patinage artistique.

    L'apothéose - la fin !

    Mon père avait repris des couleurs. Il était heureux ! Il se montrait aimable, même vis-à-vis des quelques comms profondément abhorrés et visiblement désœuvrés car réveillés trop tôt. Il était charmant et attentionné.

    Il avait même placé un bisou furtif sur le cou de maman pour lui dire à l'oreille (près de la mienne):

    - C'est comme tu voudras, kochanie (chèrie)...

    - Oh, oui ! Avec plaisir ! Le premier mardi d'octobre, à 20h il y ..........

    - ! Et pourquoi tu calcules déjà ainsi ? C'est moi qui calcule et toi laisses-toi faire... Alllllllleyyy !

    - !?

    - Je pense, chuchota-t-il qu'on pourrait peut-être faire ce soir, hmmmmm ? Les gosses sont crévés...

     Effectivement, la musique faisant partie de la culture, contribue à l'élargissement des horizons chez certains.

    biedronki2

     Chez les autres elle procure tout simplement un sentiment de bien-être...

     

     


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