• Pologne: Ciné-rgie

    CINÉ-RGIE


     Un jour pluvieux de novembre, maman, comme toujours soucieuse de notre épanouissement culturel et en vue de joindre l'utile à l'agréable, avait décidé de nous envoyer, mon frère et moi, au cinéma pour voir le film « Westerplatte »,

    http://www.youtube.com/watch?v=dFLB9j5LGVo

    dont l'action se déroulait sur une petite île de la mer de Baltique, située en face de Gdansk.

    Une poignée de soldats polonais s'y est battue héroïquement durant les quelques premiers jours de la deuxième guerre mondiale.

    L'île était anéantie sous quelques tonnes d'obus provenant du célèbre bâtiment de guerre allemand « Schlezwig-Holstein ».

     schleswigholstein 2

     Le choix de maman était purement thématique, car il s'agissait de ce film-ci et pas un autre.

    Cependant le cinéma qui le projetait...

    « Hala Parkowa », à Brynów,

    hala parlowa kce 2

    touchait de près au Parc Kościuszki, très, très mal famé, et dont la renommée n'inspirait vraiment personne...

    http://www.youtube.com/watch?v=4aniv65Mw8I

    Pourtant, courageux et déterminés, nous nous y sommes rendus « à bord » d'un vieux tram rouge « 6 ».

     tramway 2

    Comme moyen de transport, il était assez efficace et bon marché.

    Dans son équipage il comprenait un « wattman », - préposé hautement qualifié à la conduite, ainsi qu'une (toujours au féminin puisque les hommes étaient « à la chasse »...) « kontrolerka », qui vendait et contrôlait les billets de transport...   

    Après 45 minutes de « roulage » dans le bruit assourdissant de ces « constructions métalliques rouillées » sur rail, nous voilà descendus au terminus, seuls et uniques passagers de cet arrêt, près d'un immeuble datant d'avant-guerre, immense, délabré et d'aspect « sordido morbide »...

    La salle de cinéma occupait à peine 1% de sa surface totale (de la taille de "Schlezwig Holstein"...) et lors de notre entrée, elle était complètement vide et sans chauffage...

    Tant mieux pour la crème glacée... me disais-je, en toute confiance et dans l'espoir d'en engloutir une...

    La jeune dame, - craintive et dégageant une odeur imprécise entre le parfum de muguets (bon marché et fichtrement tenace), et la transpiration de longue date, mélangée en grande quantité à l'adrénaline, - nous avait vendu furtivement deux billets en se volatilisant aussitôt, purement et simplement...

    Ravis d'avoir cette salle exclusivement pour nous, nous avions glissé nos fesses dans les fauteuils qui nous semblaient les plus intacts par rapport et à côté des autres. Dans le fond car pour voir mieux...

    Les sièges y étaient éventrés, lacérés et couverts de messages griffonnés en « ołówek kopiowy »,

    olowek-kopiowy

    - ces crayons à mine violette laquelle, humidifiée avec la salive sur le bout de la langue, devenait indélébile (les lèvres et la langue prenaient alors aussi cette couleur « d'insuffisance cardiaque ». Une blague que nous faisions parfois à maman...).

    Levres_bleues

    Jadis quelqu'un s'y était exprimé, ostensiblement et à cœur joie, en transmettant ses propos en une langue à « forte consonance polonaise », car avec des fautes d'orthographe les rendant illisibles. Quoi que, phonétiquement corrects, mais dont je ne dénoncerai pas, ici, « qui couchait et faisait quoi avec qui ».

    L'extinction de la lumière, quasi inexistante, nous avait plongés dans les doutes les plus obscurs.

    Le générique du film s'était mis à hurler et dans les éclaircissements momentanés surgissant de l'écran, nous les avions aperçus...

    L'un après l'autre, à pas lents et traînant, ils surgissaient nombreux et je ne sais d'où.

    Quatre, puis encore cinq, et encore deux. Ils s'installaient juste autour de nous.

    Des spécimens à longue tignasse, grasse et en désordre, en godasses à talons à la « Beatles », appelées « bitlesówki », en pantalons serrant patte 'd'eph' à rayures jaunes et noires, les corps blancs (important : assez rachitiques car en carence de vitamine D et de Calcium...) couverts de multiples tatouages, preuve d'un  « vécu », dur et carcéral...

    Une bande complète de voyous « chuligan » du quartier avait pris la possession des lieux...

    Ils étaient tous plus âgés que nous et surtout plus nombreux, ce qui diminuait fortement notre chance de nous éclipser « ni vus ni connus » et au « salut mes petits gars, je ne suis que de passage...».

    Le personnel du cinéma s'était déjà préalablement planqué (en emportant la glace, je suppose...) quelque part, dans ces 99% restant de la surface de l'immeuble disponible.

    La bande sonore se déchaînait...

    Les soldats polonais tiraient, criaient, les Allemands avançaient en « hurlant », à savoir : en parlant en allemand, et le « Schlezwig-Holstein » en rajoutait de temps en temps « une couche »...

    Et, les voix, de ce que nous avons compris, appartenaient à la bande de « Długi »,

    http://www.youtube.com/watch?v=UWa7V17n2no

    le « Long » (de 170 cm. à tout casser - une bête de guerre...) et elles s'approchaient en nous insultant « gaiement » et nous demandant des choses que nous ne possédions vraiment, mais alors vraiment pas...

    Nous remarquions également quelques menus objets tranchants tels que des rasoirs, des cutters et des petits couteaux...

    espadon 2

    A la vue de cela, je me suis mise à produire instantanément la même odeur que « le personnel » de ce lieu, - sain et sauf, - sauf les muguets.

    Peur bleue...

    Il était temps qu'on « dégage ».

    Aïe...

    En regardant discrètement, nous comptions les marches à parcourir, descendant vers la Sortie de Secours - notre seule SORTIE SALVATRICE !

    C'est le cas de le dire.

    Attention : une marche plus large suivie de deux moins hautes et étroites...

    Très important pour un bon rythme pour détaler à toute vitesse !

    Et en plus avec les bottines que je portais ce jour là, des merveilles à bouts pointus...

    La porte d'en bas claquait légèrement...

    Elle n'était donc pas fermée...

    Au cinquième tir réussie - ja, zeer gut ! Schöne... aussi, - du « Schlezwig H. », nous nous sommes rués comme des dératés vers la porte.

    Quoi qu'un peu surpris, les lascars plongèrent à notre poursuite... et cela, sans prévoir la différence des niveaux existante entre les marches.  Amateurs !

    A l'extérieur - un choix à faire : se planquer dans les buissons d'un terrain vague à droite (c'était ma brillante idée), ou cavaler à gauche, plus loin, vers l'arrêt du tram ? Et si le tram n'était pas là ???

    J'ai suivi mon frère... (et c'est uniquement grâce à cela, que je peux maintenant raconter cette histoire..., me semble-t-il).

    Nous nous précipitions alors vers la civilisation « éloignée »...

    Vers le tram rouge (non, pas vert - rouge !) qui était justement là.

    La « contrôleuse » et vendeuse de billets nous ayant vu, avait laaaargement et manuellement ouvert la porte coulissante et le wattman nous attendait visiblement.

    L'un derrière l'autre, nous nous trouvions enfin dans le wagon.

    Le wattman avait démarré.

    Au tout dernier moment, un de nos agresseurs s'était accroché à mon frère et là...

    J'ai « shooté » ! J'ai donné un coup de pied de toutes mes forces, mais alors toutes... avec ma bottine à pointe... dans la partie fragile, qui se dessinait en groooos, groooos relief (ça aloooors !?) sous le pantalon serrant le corps du sbire, - ce froc ridicule, toujours à pattes 'd'eph' et à rayures jaunes et noires - comme un doriphore...

    Ci dessous :

    doriphore 2

    J'ai donné ce coup, exactement, comme me l'avait expliqué mon frère, mon père, mon grand-père et tant d'autres...

    En partant je les ai vu à l'arrêt du tram - hésitant, crachant d'émotion partout...

    Bref. Désarmés - avec leurs couteaux en main, en train de ramasser un des leurs, visiblement souffrant...

    J'ai remarqué également que dans celle, fermement serrée, de la brave « contrôleuse » du tram, se trouvait une barre de fer : celle  servant à changer les directions des aiguillages...

    Ouffff !

     http://www.youtube.com/watch?v=5bNE-5TVAmg


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