• Pologne: Chasse, pêche...

    CHASSE, PÊCHE, CUEILLETTE...

     

    Les sapins commençaient à prendre leur juste place, en se pavanant dans les appartements grands comme un mouchoir (d'homme) des Polonais.

    La fierté absolue consistait en l'introduction et l'installation de ces épineux et piquant rebelles, de plus en plus touffus et les plus hauts possible... limités, cependant, à 2,5 m. au maximum.

    Les sapins occupaient également les surfaces et les volumes des classes des écoles...

    choinka 2

     

    Un jour, au retour de l'école, le visage de mon frère était couvert de nombreuses griffes et d'égratignures ...

    - Mais que t'est-il arrivé ? - s'exclama maman ahurie.

    - Oh, rien... C'est que nous avons dansé tous en rond autour de notre immeeeeense sapin de classe en nous tenant par les mains... Et comme il n'y avait pas beaucoup d'élèves...

    La tradition exigeait qu'on les garnisse le jour même du réveillon de Noël.

    Ensuite, ils devaient absolument tenir dans nos habitations exiguës et surchauffées jusqu'aux Mercredi des Cendres, ce qui s'avérait plutôt impossible.

    Richement « vêtus », avec leurs pointes scintillantes au sommet, telle une « pickelhauba »

    casque 2
     

     

    - en silésien, le casque d'un soldat prussien (pickelhaube - en allemand), « choinka » (prononcer : khoïnka) occupait la place principale, en repoussant même au second plan notre TV, toujours limitée à ses deux programmes nationaux et à son éternelle tarte de speakerine, mais en version plus âgée - depuis l'ère de l'ancien président de la Pologne, B. Bierut...

    J'aimais « habiller » le sapin parce que chaque pièce de son « vêtement » représentait la gaieté et puis, la brillance, la lumière...

    Après un court inventaire et le rappel du matos de Noël, avec mon frère, on commençait par se garnir, nous, des ces guirlandes, longues et multicolores...

    Oups ! Quelques boules fragiles et de production polono polonaise cassées... Pas grave, car récupérées et finement broyées, elles servaient à la préparation du déguisement d'ange à la paroisse.

    Le voisinage se mettait alors à la recherche, à la chasse et à la cueillette des denrées rares et pourtant nécessaires pour le bon déroulement de fêtes de fin d'année.

    Chacun de ces éléments nutritifs était disponible dans des magasins considérablement éloignés les uns des autres...

    Durant la semaine qui précédait Noël, la course aux aliments commençait très tôt matin et avec l'étroite collaboration de tous les membres de la famille...

    Le repas du Réveillon de Noël, qui débutait « à la première étoile apparue » (ou, plutôt aperçue au travers de la pollution industrielle du ciel) consistait en la présentation sur la table, couverte d'une nappe amidonnée et immaculée, de 12 plats différents (en petites quantités) et dépourvus de viande... Sauf celle de poisson, et plus précisément de carpe.  

    L'acquisition de celle-ci, encore vivante, était primordiale car indispensable pour mijoter la « carpe à la juive » - cuite longtemps dans des fruits secs : amandes, noisettes, raisin et avec beaucoup d'oignon.

    Les « makówki » - petites quenelles de pâte, confectionnée sur base de pomme de terre et de farine, cuites à l'eau (Allô ! On ne s'endort pas !), mélangées avec une préparation de « mak » - grains de pavot broyés avec des fruits secs (figues, dattes, noix etc.) et des raisins secs ainsi que de la pelure d'orange confite...

    Par ailleurs, la consommation de cette véritable bombe soporifique,

    mak 2

    hautement opiacée, apportait, rapidement, des résultats stupéfiants : même les confidents - « kapuś », devenaient ramollis et subitement plus polis, patients et surtout tolérants, cependant prêts à sortir leurs quelques « vérités », juste au douzième coup de minuit (comme toutes les autres bêtes...).

    Mais revenons à nos moutons, à savoir la carpe dont il fallait bien mériter.

    Dans ce froid sibérien que nous connûmes, dans le noir le plus total, - à 5h du matin (parfois plus tôt) une file d'amateurs « pêcheurs » prenait possession des trottoirs couverts de glace,

    http://www.youtube.com/watch?v=HSeilj9gDyw

     

    devant un magasin, qui indiquait par ses nombreuses affichettes : « La livraison de carpes vivantes, aura probablement lieu aux alentours de 16h, - si tout va bien... ».

    Le magasin restait exceptionnellement ouvert jusqu'à 19h.

    Et puis - c'eeeest tout !

    La Pologne était, à l'époque, un pays des véritables « filologues » - des connaisseurs futés et socialement dépendant de ces files formées devant les magasins, et de ce contact au « corps à corps » - parfois simplement pour se tenir en groupe sans s'égarer dans le noir, ou comme des pingouins, pour se tenir  au chaud... Ils dansaient de temps en temps, et parfois gaiment même...

    Les carpes y acquises, toujours miraculeusement vivantes, étaient rapidement (avant de geler) transportées et « baptisées » dans l'eau accueillante de nos baignoires, - froide et enrichie d'une adjonction massive d'un mélange de chlore et de phénol et de leurs dérivés, où elles naviguaient tristement et en rond jusqu'à la veille de Noël...

    karp

    « Un homme d'une beauté modérément plaisante, à lèvres lippues et aux yeux clairs d'un bleu délavés, portant un imper trempé par une pluie diluvienne, se présenta à la réception d'un hôtel chic de Katowice, malheureusement mal fréquenté...

    - Bonjour, j'ai réservé une chambre...

    - Votre nom ?

    -  Carpe... Monsieur Carpe, hmmm... - dit il timidement.

    - Effectivement... La chambre avec une baignoire, sans doute ? »

    La chasse à l'alimentation et la pêche clôturée, les préparations culinaires débutaient, ainsi que le nettoyage complet de l'entièreté de notre « petit » espace "appartemental" nous appartenant, lequel, à ce moment là devenait subitement immense et aux murs extensibles...

    Des activités longues et éprouvantes, à savoir : le cirage du « parquet de maman », sa lubie..., une grosse lessive - dans un lavoir commun, aménagé dans la cave, dont chaque locataire d'un même immeuble pouvait disposer, chacun ayant son tour, un repassage « à la papier Bristol »... oufff ! et tant d'autres manipulations valorisantes...

    Pendant le temps de cette corvée, tout notre matos électroménager, y compris le fer à repasser, - réunis, raccordés et accordés par la voix de maman - sifflait, soufflait et chantait les « kolędy » - les chants de Noël...

    http://www.youtube.com/watch?v=UA1e9Xgex34


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