• Pologne: Beauty Foule

    BEAUTY FOULE


     Les trams et les bus rouges, appartenant à W.P.K - Wojewódzkie Przedsiębiorstwo Komunikacji, étaient nos seuls moyens de transport en commun pour sillonner cette vaste ville.

    Nous nous déplacions également beaucoup pédestrement.

    Car déjà pour arriver à l'arrêt du tram, il nous fallait une bonne dizaine de minutes à cavaler « tel un fantassin » à vive allure...

    Ou bien, en prenant le raccourci par notre « PPP » - « Parc à Pervers Polymorphes »,  sept minutes et trente deux secondes.

     Les tickets, vendus dans les petits « kiosques à mille objets » n'étaient pas chers, cependant, encore fallait-il que les kiosques soient ouverts au moment opportun...

    A bord du tram, parfois, les passagers se les revendaient mutuellement, mais s'il n'y avait personne disposant de quelques billets en surplus ?

    Là, l'angoisse ne faisait que croître face au passage des contrôleurs - les « kanary » - de « kanarek » - un canari.

    Nous les appelions ainsi parce que sur leurs képis, ils arboraient un ruban de couleur jaune-orange, comme le plumage de ce volatile - connue aussi comme la couleur en vogue « bahama yellow », ce qui donnait phonétiquement en polonais : « na chama naloł » - il a pissé sur le bougre...

    Ce ruban indiquait leur appartenance à la compagnie de transport de la voïévodie. 

    L'amende en cas de manque de ticket, ou de sa non oblitération, par pensée ou par omission, s'élevait à 50 zl, alors que le ticket n'en coûtait que 1,50 zl.

    Vu leur fonction ingrate, et cependant exécutée avec zèle, personne ne les appréciait.

    « Un « kanar » entre dans le tram

    kanar 2

    où se pavane une bande hilare de skins en goguette, munis de battes de base-ball et de chaînes de motos, crachant partout des « grinioles » épaisses (la morve verte), et  jurant plus que bruyamment...

    - Bilety do kontroli... - sans s'il vous plaît... - propose le « kanar ». Contrôle des tickets.

    - Va te faire voir, connard de « kanar » si non, je te... - (disons le ainsi et sans entrer dans les détails de leur glossaire exact, spontanément acquis au fil des années passées entre les caves à distiller le « bimber» et les buissons à le consommer...)

    Le contrôleur, n'ayant ni l'envie et, surtout, ni le courage d'insister, s'acharne, dépité, sur un tout petit vieux bonhomme, frêle et chétif et visiblement souffrant...

    patyczak 2

    - Bilety, dziadku ! Billets, papy ! - crache-t-il d'une voix ne supportant aucune rébellion.

    - Et quoi, petit con ? T'as pas entendu ce qu'ils t'ont dit mes potes tout à l'heure ? - riposte le petit vieux.»

    http://www.youtube.com/watch?v=-tJYN-eG1zk

    Une proie inoffensive, quoique dépourvue de titre de transport allait « na gapę ».

    « Gapa » étant un étourdi...

    En Russie  - « na zaïtsa » - comme un lièvre, - un passager sans ticket devait tendre les oreilles

    zajac 2

    en guettant le contrôleur et, si nécessaire, « sautiller » en toute célérité d'un coin à l'autre du tram afin d'échapper au vilain « tête à tête » avec le « kanar »....

    Bouuuuh !

     Déjà, lorsqu'ils pénétraient par devant et par derrière dans le tram - craquant toujours du surplus d'usagers chargés des commissions les plus diverses et volumineuses - ils semaient littéralement la panique.

    Et puis un petit ticket pouvait se perdre si facilement... 

    La plupart des cas, au lieu d'encaisser cette amende « hic et nunc », ils clôturaient le litige d'un nonchalant :

    - Pół litra i będziemy « kwit » - Un demi litre (de vodka) et nous serons „quitte"...

    Alors, qu'en ce temps là, une bouteille de vodka ordinaire coûtait au moins 120 zl...

    Ils y avaient cependant des dizaines des « zające  - pigeons », et pas trop brillants en math, qui descendaient dare-dare avec eux au premier « sklep monopolowy » visible au travers de la vitre du tram, bien  gluante des  divers produits de soins capillaires y étalés...

     L'autre comportement à pénaliser moyennant une amende, consistait au non respect du règlement du comportement civique.

    Les jeunes et les valides étaient obligés d'aider un autre à  monter, mais surtout à céder absolument sa place assise - rare - aux handicapés, invalides de guerre, femmes enceintes,  etc...

    - Tu dégages, jeune fille ? - s'adressa une fois à ma copine Celka (petit bout de 148 cm. et de 40 kg. de 18 ans et paraissant n'en avoir que 12) une obèse suffocante, d'une trentaine d'année, et trimbalant cinq pains lourds de 1,5 kg. chacun (en guise de sandwiches pour le soir ?) crachotant de la farine un peu partout.

    chleb 2

    - Non, parce que je ne vois aucune nécessité ! Vous êtes simplement obèse !

    - Ha, ha ! On dirait que TOI, TU es handicapée ou peut-être invalide de guerre, niakh, niakh, hé, hé ? (aussi)  - tonitruait la grosse ironiquement, tout en ignorant, - la malheureuse - à QUI elle avait l'affaire...

    http://www.youtube.com/watch?v=V6YOhfHwpLQ&feature=related

    A une véritable « peste vinaigrée » à la langue merveilleusement pendue et au caractère difficile et facilement « froissable ».

    - Non, madame, je suis enceinte... D'ailleurs, depuis 15 minutes ! J'en ai encore les genoux qui tremblent...

    Le tram nous procurait aussi, hélas, encore d'autres bonheurs hautement agaçants.

    http://www.youtube.com/watch?v=fLp63WBV-Ic

    Cet abominable « corps à corps », étroit comme un « marcel » - un près du corps, avec n'importe qui : les boutonneux couverts des pustules purulentes, les enfants en possession d'objets «s' enfonçant » dans la chair et dans nos collants,

    dzura 2

    et mâchant la bouche grande ouverte des bonbons collants et puants, purement synthétiques, - les petits vieux en vêtements « crados » schlinguant la naphtaline, les « beauty » locales noyées dans leurs parfums douteux de jadis (depuis deux ans sur elles et sans se laver...), les chiens-chiens à paletots (tricotés ou crochetés - grotesques) et à leurs mémères (tous hystériques), et des sacs, des baluchons, des filets, des paquets partout...

    Contenant en moyenne une dizaine de kilos de provisions prévues. 

    Avec ma taille de 160 cm, ma tête, et surtout mon tarin y situé, et toujours olfactivement trop actif, s'arrêtait justement à la hauteur... des dessous de bras, poilus et puants des « hajery » accrochés aux poignées suspendues au plafond...

    Nos mineurs silésiens « fraîchement » émergés au soleil et sur le sol...

    « Ponad wszystkie twe zapachy, kocham zapach twojej pachy ! »

    (Traduction)

    « Parmi toutes tes odeurs, c'est tes dessous de bras que je préfère »...

    ou bien,

    "De tes odeurs corporelles je préfére celle de tes aisselles..."

    C'est encore mieux !

    Et, à la question du wattman, hurlée car (aussi) saturée... d'impatience, - s'il pouvait ENFIN FERMER la porte arrière du tram, prêt à exploser (avec des grappes d'usagers pendouillant désespéramment sur les marches et où même une épingle n'aurait plus pu rentrer...)

    zatloczony_tramwaj 2

    - au travers de cette foule dense et énervée,  nous criions perfidement sérieuses : Non, non ! Il y a encore trois vélos,

     http://www.youtube.com/watch?v=GugsCdLHm-Q

    rower 2

    un ficus benjamin et un cerisier à rentrer !  

     Rien qu'à voooooir leur réaction...

     

    Une merveille !

     

    Un pur délice qui annulait en un clin d'œil tout cet inconfort grégaire...

    smiech zdrowie


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