• Pologne: Accent-tue!

    PARFOIS, ACCENT - TUE !

    cyrylica

     

    ... me disait (médisait) cette langue, à moi, médusée et aux émois....

    Et comment pourrait-on la maîtriser ?

    Les débuts de l'apprentissage s'avéraient plus que compliqués.

    Le caractère de la prof de russe, madame Jagoda, se montrait, lui aussi, incompréhensible.

    D'une cinquantaine d'années (les autres disaient 36), elle était constamment fourrée dans les multiples épaisseurs de ses chandails. Plus tard nous apprîmes qu'elle était native de Sibérie, où, comme tout le monde le sait, les vrais sibériens n'ont jamais froid...

    Ses petits yeux bruns et espiègles sortaient timidement - rien d'étonnant car elle se produisait en public et en Pologne - de l'envergure de son gigantesque moherowy beret (béret en laine) camouflant les lacunes relatives à sa coiffure.  

    Le reste de son accoutrement essayait de suivre tant bien que mal, et plutôt mal que bien, ses galbes et ses multiples coussinets.

    Les bas nylons de couleur noirs, « vomissaient des escabeaux  filants... »

    Les dents de devant (au premier étage), tachetées de rouge à lèvres, sortaient de sa bouche en guise de sommation : « Vot, gare à vous, dourakis ! » (barjots). Un peu comme chez les mérinos...

    merinos 2

    L'ensemble de son corps était couvert de doukhi (parfums) de roses (acquis lors de son dernier minitrip à Batoumi, en Crimée, il y a 20 ans), servant à nébuliser l'atmosphère tropicale, dense et humide de la classe et anesthésier n'importe quel auditoire non averti...

    En plus, la nature l'avait dotée d'une voix aigue et perçante qui correspondait à celle de son totem animalier. 

    Chahuteurs quotidiens, nous avions appris (dans les éclats de rire à faire pipi de joie) que la langue russe paraissait le mieux au travers des airs d'opéra ?!

    Comme l'italien d'ailleurs !

    Ce dialecte slave, mélodieux et « juteux » en prononciation, cachait le pire : son accent tonique.

     http://www.youtube.com/watch?v=OzqWAN1lWGY

    Il était libre (lui) et mobile (lui), et au lieu de choir là, où il fallait (en polonais - avant dernière syllabe, en français, fastoche - la dernière) il changeait son emplacement à tort et à travers, suivant les déclinaisons ou les conjugaisons.

    Et pire encore : après l'enseignement secondaire, les paufs' Russes devaient les connaître par cœur car aucun écrit publié ne les marquait plus...

    Remarque : Quoi que... Plus tard, je les avais tout de même aperçus dans les œuvres de Lénine (49 volumes, en original), ce qui ne faisait que me confirmer, que les apparatchiks comms, issus des 260 millions d'autres ressortissants russes, n'avaient pas nécessairement, tous, l'accès à un enseignement supérieur.

    Dirais-je plus : beaucoup craignaient d'évoluer autrement...

    Et en ce qui concernait ce petit accent ' de rien du tout - notre beuglement de joie commençait lorsque, par une mauvaise application de celui-ci, le mot devenait autre.

    Par exemple, le verbe « écrire » ou « peindre » - pisat' - писать - qui, par rapport au placement de l'accent tonique, et mobile comme une puce, sur la première ou dernière syllabe, changeait de sens pour signifier : pisser...

    Ben oui, mérinos oblige !

    Et là, je m'arrête aussi...

    D'écrire (pour aujourd'hui) et je laisse tous ces mérinos en paix...


     


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