• Pologne: A- bas-collants

    À BAS COLLANT !

     

    Les collants blancs des cygnes, sur leurs longues jambes de Flamants Roses ne cesseront jamais de m'intriguer...

    Fins, à moitié transparent (juste ce qu'il fallait) et qui ne s'enroulaient certainement pas d'une heure à l'autre...

    Je portais, pour ma part, des collants épais en tricot côtelé - « dzianina » - sorte de coton grossier.

    Parfois, quand il faisait -25°C, l'un sur l'autre, et en laine qui faisait des bouloches.

    Le problème commençait au lever matinal, vers 7h, lorsqu' en le mettant, je ne regardais pas trop bien s'il était droit.

    On aurait dit qu'il n'avait que les deux jambes gauches, ou droites...

    rajstopy

    Cette partie vestimentaire s'appelait « rajstopy » (à prononcer : raïstopé) ce qui, traduit à la légère signifiait : le paradis (raj) des pieds (stopy, au pluriel)- ! Raj...

    Je ne comprendrai jamais notre Eve Initiale qui se précipita « ailleurs » que vers le paradis... Ou bien, elle espérait, peut-être que tout le monde sur cette Terre portait de magnifiques dentelles ajourées...

    Revenons-en au collant. Il s'enroulait autour de la taille comme une bouée de sauvetage et progressait quelque part, dans une direction que lui seul connaissait (un peu comme un GPS qui vous guide vers des contrées lointaines - sauf que mon collant à moi ne me tenait pas au courant de notre destination commune - remonte la jambe droite - attention, remonte la jambe droite).

    Il allait simplement... ailleurs... mais surtout pas « à moi » !

    Un autre aspect de cette pièce : elle était absolument et docilement extensible, et si je me mettais à genoux (enfin, sur les miens) le tissu se déformerait, gonflait et restait ainsi figé toute la journée, voir une dizaine de jours. Dans ce dernier cas je dirais simplement qu'un kangourou pouvait, à l'aise, y mettre ses pattes de derrières, et faire des nœuds en floches avec les bouts qui dépassaient encore devant...

    Mais ce collant, sans la faculté de coller, était très pratique car, de temps à l'autre, il prenait une dimension immense et unique qui pouvait servir de « kalesony męskie » (caleçons longs d'homme) lors de nos déplacements dans le Beskid Śląski pour skier...

    A de nombreuses reprises, il avait rendu service à mon frère, humilié jusqu'au dernier poil de son mollet...

     Je rêvais de pouvoir glisser mes jambes dans ces « étuis » délicats et légers. Ne pas avoir, à la taille ces quelques centimètres de plis indésirables sans cesse enroulés et avec un élastique défaillant...

    J'étais obsédée par le vrai beau collant lequel, à mon âge, ne pouvait accueillir mes jambes « de poulet », que le jour de ma première communion.

    Et encore...

    Plus tard, cette « toile arachnéenne » chic et finement tissée que j'avais pu enfin enfiler, était de toute façon complètement dissimulée par le genre de « burka » (comme ça se prononce...) de moine, blanche et épaisse, faisant partie de notre accoutrement de fête.

    Et puisqu'elle était imposée dans le cadre de l'uniformisation religieuse, à son tour - tout le monde portait la même chose... A l'exception de quelques joufflues qui avaient su se déguiser en véritables jeunes mariées. Je précise tout de suite : ce n'étaient pas mes copines !  

    J'attendais donc avec impatience une autre chose à enfiler sur mes « patyki » (bâtonnets).

    Quelques années plus tard, j'ai découvert un jean et je m'en sépare plus...

    Nous allâmes régulièrement au Teatr Śląski de Bytom, pour voir et écouter de près les opéras tant polonais qu'étrangers. En compagnie de maman et de mon frère...

    NB. Maman, après la « séance » de bien-être de papa vécue après le « Lac des Cygnes », n'insistait plus sur sa présence aux mondanités théâtrales, en prenant ostensiblement une « tabletka z krzyżykiem » : c'est à dire un placebo quelconque et fortement « paracetamoleux » (si pas entièrement toxique...) à l'usage universel et même contraceptif, à condition d'être fermement serré et retenu entre les deux genoux...

    Voici un exemple de ce « placebeux rémediant » :

    Tabletki-z-krzyzykiem_Szymon-Holownia,images_big,15,978-83-240-0835-3

    « Tabletki z Krzyżykiem - premier soin des craintes concernant  Dieu, la fin du Monde, le Purgatoire et les Revenants... » - dit l'affichette embrouillée...

     Les soirées commençaient habituellement par quelques coups de poing ou de pieds que nous échangions avec mon frère.

    Puis, séparés, avec maman au milieu, nous restions écroulés sur les sièges en velours rouge, mous et accueillants.

    Il se passait des choses sur scène !

    On s'aimait - on se menaçait - on se détestait - on s'embrassait : routine comportementale humaine tout simplement. De toute façon je n'y comprenais que dalle de ce qui se passait. Mais lorsque nous pouvions voir les artistes de près... Là, pour moi, le vrai spectacle commençait ! Et cela, sans aucun rapport avec l'art dramatique.

    «Au su» (par le programme) d'une jeune montagnarde issue de Tatras, droite et candide, charmée, abusée et abandonnée par un vilain noble, (dans « Halka » - diminutif de Halina - du compositeur polonais, Stanisław Moniuszko), et à la vue d'une grosse et imposante soprano dramatique hongroise, à la poitrine plus que généreuse s'arrêtant aux alentours de ses cuisses, avec une fausse tresse blonde sur sa tête sombre d'austro-hongroise - au comportement « aïe mégère » - je m'écroulais de rire ! « L'Apsztyfikant » en question (en silésien - le soupirant), frêle et menu, courrait autour de sa « belle » « jak kot z pęcherzem » (comme un chat avec la vessie pleine) en faisant « le beau », comme les caniches miteux, Żabka ou Samantha, de notre immeuble.

    Pour quoi faire ? Pas bien compris...

    Bien sûr, j'aurais plutôt dû lui suggérer de sauter au dessus d'elle au lieu de parcourir tous ces mètres inutilement.

    Déception !

     NB. Ma copine, Ela la Mécréante, était devenue également un soprano dramatique, au thorax surdéveloppé, ce qui, en son temps, lui avait permis de « régler ses affaires » administratives et autres, très rapidement. Aurait-elle pu travailler comme éducatrice sur une cour de récré ? J'en sais rien.

    Elle était très belle !   

     Dans une scène de « Straszny Dwór » - « Manoir Hanté »,

    http://www.youtube.com/watch?v=gfz7mvP7BeY 

    du même compositeur, les chanteurs joyeux, en buvant à la santé de quelqu'un, entrechoquaient leurs coupes en carton gris tout en s'égosillant dans toutes les directions. Les chocs non contrôlés faisaient que ces coupes ressemblaient de plus en plus à des éventails chinois pliés...

    Mais là, où je ne pouvais plus retenir mes rires de chèvre, c'était tout de même le « Rigoletto » de Giuseppe Verdi.

    Le célèbre bouffon bouffi à baryton, d'une soixantaine d'années, à la corpulence impressionnante, était apparu sur scène pour s'y produire en véritable collant « rajstopy » comme le mien : bleu foncé, côtelé, difforme et bouloché !

    La différence entre nous, ce que lui, il avait les jambes en « X » et les genoux serrés comme s'il retenait une « tabletka z krzyżykiem » ou pour que ce collant ne glisse pas, et sur un de ses gros genoux figurait un trou de la taille d'une assiette à dessert (je parle comme Hans Christian Andersen car dans ses contes, il transcrivait toutes les « rondeurs » en pièces de vaisselle).

    L'opéra « Rigoletto », portant bien son titre, s'était gravé à jamais dans ma mémoire...

    Quant à « rajstopy » ?

    Il « suivait » mes jambes encore quelques années pour donner la place aux collants en nylon, multicolores et affriolants (pour certains), mais c'est une autre « paire de manches »...

     


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